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Sous la menace du Sultanat 1 2 3 -4-  
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Dulcina Fagney
Dulcina Fagney
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Posté le 26/10/2021 à 01:12:44. Dernière édition le 26/10/2021 à 01:13:57 

Tout était allé si vite...
En une soirée, la ville de New Kingston avait été envahie. Très rapidement, Voynich et elle avaient expatrié leurs enfants en tentant de se rabattre à l'Outpost Lonely Keeper avec une grande partie des troupes anglaises. Malheureusement, ils constatèrent rapidement que les ennemis étaient déjà arrivés au centre de l'île.

Le duo briton avait toujours un plan pour mettre leurs enfants en sécurité. S'il leur était impossible de les renvoyer sur leur île en sécurité, ils avaient cet avantage de connaître l'île bien mieux que tout envahisseur extérieur.
Aussi, confièrent-ils Marius, Alexis et Catherine à leur nurse, en les envoyant dans un lieu sûr.

Il ne leur restait que Tara... elle allait à peine avoir deux mois, et nécessitait la présence de sa mère. Il leur était impossible de s'en séparer.

Ils prirent moults précautions pour tenter de comprendre à qui ils avaient affaire sans se mettre en danger, et essayer de trouver une solution à cette invasion. Mais la situation semblait pour le moment difficile à inverser : ils étaient bien trop nombreux.

Lorsque la rumeur enfla que les émissaires se réuniraient dans une mosquée bâtie au centre de l'île, le couple anglais frissonna de savoir que leurs enfants s'étaient cachés si proche de là... Il s'y rendirent, désireux de s'assurer qu'ils ne les trouveraient pas, mais restèrent proche de l'entrée. L'irlandaise n'aimait pas la tournure que prenaient les choses.
Mais malgré cet étrange pressentiment, elle ne parvint pas à anticiper les portes qui s'étaient refermées derrière eux.
Ils étaient pris au piège...
 
Rapidement, ils furent emmenés dans ce qui s'avérait être une prison. Voynich et elle ne furent pas séparés, ce qui lui permettait de garder les idées claires.
 
Lorsque le Vizir leur imposa d'aller se battre contre d'autres personnes, notamment Arina et Phénix, mais également Yulia, l'irlandaise sentit son coeur se serrer. Elle avait vu l'ottoman en action, il avait décapité son soldat sans aucun état d'âme, devant leurs yeux.
Ces derniers jours, ils n'avaient cessé de faire profil bas, afin que Tara ne soit pas mise en danger. Et ce soir là, lorsqu'Arina et Phénix leur proposèrent de se soulever contre eux, elle ne put se résoudre à les suivre. Elle ne savait que trop bien que ce plan était voué à l'échec, car ils étaient encore trop nombreux, trop puissants...
Ses deux amis écoutèrent ses suppliques de ne rien faire de suicidaire... mais leur tentative de simuler un combat dont personne n'avait envie fut un échec.
Les émissaires, peu dupes, se mirent dans une colère terrible.

Et lorsque le Vizir désigna Tara comme prochaine victime de sa colère s'ils venaient encore une fois à ne pas le satisfaire... Dulcina sut qu'ils n'avaient pas d'autre choix, pour le moment, que de faire ce qu'il leur demandait.
Elle ne trouvait son réconfort que dans le regard de sa fille qui gazouillait , et dans l'étreinte silencieuse de son compagnon. Elle ne pourrait supporter de perdre un second enfant, ils le savaient tous deux.
Il faudrait trouver un moyen de leur échapper, et vite...
Ixchel
Ixchel
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Posté le 26/10/2021 à 11:59:47. Dernière édition le 26/10/2021 à 12:10:29 

Ixchel venait tout juste de débarquer dans la colonie espagnole. Sur le coup, elle avait cru à une malédiction, car enlevée plus jeune par des espagnols à son temple pour être vendue au marché aux esclaves. La vue du drapeau, lorsqu’elle avait pu sortir du bateau de contrebandiers dans lequel elle s’était évadée, lui avait noué l’estomac. Mais heureusement, les habitants de la colonie espagnole de l’île de Liberty lui avaient rapidement montré qu’ici, elle serait libre et loin d’être à nouveau traitée comme une esclave. Une coréenne le lui avait prouvé en l’invitant à vivre dans son bureau temporairement, pour qu’elle puisse se laver et se remettre sur pieds. Et alors qu’elle venait de commencer à se demander ce qu’elle ferait maintenant qu’elle était libre, des envahisseurs sous une bannière couleur vert… Kim l’avait alors rassurée malgré les mauvaises nouvelles, aussi, elles avaient prévu de se rendre dans la colonie française, sous le joug de la princesse Ottomane, pour profiter de la place de choix des femmes donnée par celle-ci. Bien sûr, la décapitation en place publique orchestrée par l’Agha et ordonnée par le mioche avait donné un grand coup au moral des espagnols et surtout de la coréenne. Si Ixchel n’en avait pas été affectée (le sang, dans sa culture, c’est courant qu’il coule !) car elle ne connaissait pas la personne condamnée, tous les autres avaient été pris d’une rage folle. Après avoir consolé la ministre deux jours durant, Ixchel avait ressenti le besoin de prendre l’air, histoire de ne pas voir que le bureau. Kim avait dû reprendre également le travail, elle était ministre après tout !

"Du saumon... y'en a presque plus de ça... le pantalon c'est dans le coin aussi... on pourrait faire un tour à Port Louis...?"

La ministre s'occupait tranquillement de ses comptes lorsqu'Ixchel lui annonça qu'elle allait acheter quelques denrées sur le marché.

"D'accord... mais fait gaffe hein... ?"

Depuis que les ottomans étaient arrivés en ville, celle-ci était moins sûre qu'avant. Kim Soo-Mee même était sortie plusieurs fois, et ses origines asiatiques n'étaient pas passée inaperçues. Tout comme son tempérament, qui avait vite fait le tour des soldats encore présents. Il faut dire que menacer l'Agha de l'asphyxier avec ses propres parties génitales c'était plutôt osé, surtout pendant une exécution. Et les quelques-uns qui avaient eu le malheur de devoir la retenir ce soir-là n’auraient, selon leur médecins, 'probablement pas de descendance'.
Et à côté de ça, lorsque certains se sentaient tout de même pousser des ailes, elle leur rappelait gentiment qu'elle avait la bénédiction de la Princesse Fatma et du Vizir pour exercer son métier. Bon, elle brodait pas mal mais dans le doute les soldats préféraient généralement assurer leur survie. Et au pire il lui restait toujours la carte 'je suis mariée au général', même si c’était du pipeau.

Elle regarde Ixchel sortir, hijab sur la tête, se disant que ça allait bien se passer. Après tout même l'Agha avait retenu ses hommes lorsqu'elle l'avait publiquement menacé en leur disant de ne pas lever la main sur une femme portant ce morceau de tissu...

Alors la voilà dehors, la jeune fille, observant du haut des escaliers les soldats ottomans éparpillés en petits groupes aux quatre coins de la ville et devant les bâtiments. Bref, impossible ou presque de passer inaperçue tant la ville était quadrillée par les envahisseurs. La jeune fille prit une grande inspiration pour se donner du courage, le maraîcher en ligne de mire, puis s’élança dans sa direction.
Pendant plusieurs minutes, aucun problème, les soldats sont soit occupés à discuter entre eux, soit distraits par des jolies espagnoles, très intéressées pour leur faire la conversation. Toujours vêtue de ses vêtements tribaux, elle avait eu le bon sens d’enfiler l’énorme chemise blanche qu’on lui avait prêté pour se cacher un minimum.
Finalement, à quelques mètres de l’étal rêvé, un groupe de soldats, tous parés de leurs armures étincelantes, se tourne sur elle pour la dévisager. C’est sûr qu’avec son pagne tressé et sa chemise trop grande, elle avait l’air d’une sauvageonne. Elle leva ses yeux vers eux, intimidée, puis se mit à reculer.

« Et bien, qu’est-ce qu’on a là ? Elle ressemble pas aux nanas du coin… »

« Non, je crois que c’est une de ses sauvages que les espagnols ont exterminés. Avec la peau couleur bois et les yeux fins. »

« Qu’est-ce qu’elle fait là ? C’est une esclave tu crois ? »

« Sans doute, mais ça m’étonnerait pas qu’elle soit libre, les gens de cette île sont étranges. »

« Elle est pieds nus… Regardez. »

Effrayée, son regard passa d’un soldat à un autre aussitôt que l’interlocuteur changeait. Par précaution, elle se mit à reculer avant de finalement se retourner pour se préparer à fuir à toutes jambes. Manque de chance, BOUM, elle se heurta à l’une des armures brillantes et polies. Un ottoman venait de lui barrer le passage et de lui attraper un avant-bras.

« Bah alors, vous lui faites peur messieurs ? » dit celui-ci.

« Je crois, mais faut pas avoir peur… » reprit le premier.

Celui qu’elle venait de heurter reprit la parole.

« Quel âge as-tu beauté ? »

Incapable de répondre, elle se contenta de tirer pour essayer de se libérer mais la poigne du soldat était bien plus solide qu’elle tout entier. Après s’être débattue un moment, ses longs cheveux ondulants derrière elle (ils dépassaient du hijab), la jeune fille jeta l’éponge et fit face aux rires des étrangers.

« Allons on va pas te manger, on veut juste te connaître… Aller, dis-nous ton nom… » Finalement, elle retrouva un peu de voix.

« D… Dix huit ans… Je m’appelle Ixchel… »

« Quelle jolie voix ! Tu viens d’où ? Tu ressembles pas aux femmes d’ici… Tu es mariée ? »

« Je… Je viens du continent… Je suis maya… Et n… Non je suis pas mariée. »

Un sourire malsain et peu rassurant apparut sur le visage de la majorité d’entre eux. Ils se ressemblaient tant qu’elle était incapable de dire combien ils étaient… Mais en tout cas, elle ne voyait plus comment s’enfuir, ils l’entouraient de leurs imposantes carrures. Ils discutèrent à nouveau entre eux.

« Va falloir remédier à ça… Tu peux te marier avec moi si tu veux. Sinon ils vont te désigner un officier, ce serait triste. Il faut qu’on en profite aussi. »

Elle sentit une main calleuse glisser sur sa taille, ce qui la fit sursauter.

« N… Non. Merci. Je vais trouver un mari toute seule. »

Un rire guttural s’éleva dans l’air, un autre prit la parole.

« Tu sais… Si tu es vierge, il vaut mieux ne pas tarder, certains vont avoir du mal à se retenir ici… »

Pas manqué, l’un deux lui porte une main aux fesses, ce qui la fait définitivement sauter sur place puis lui donner la force de se défaire de la main qui la retenait. Elle tenta alors de se sauver, se servant de sa petite taille pour passer entre eux, mais l’un des ottomans l’entoura de ses bras pour la retenir et la soulever de terre.

« T’en va pas ! On serait ravis de t’aider à trouver un mari. Et si tu n’en trouves pas… T’en fais pas, on fera de toi une femme… »

« Lâchez moi ! Je suis pas votre chose ! »

« Mais on veut prendre soin de toi… T’en fais pas. Il te suffit juste de choisir l’un d’entre nous… »

Une autre main glissa cette fois sur sa cuisse et elle ne put retenir un cri. Pourquoi était-elle sortie… ? Pourquoi n’avait-elle pas droit à la liberté ? Une voix puissante et masculine fit arrêter les soldats immédiatement. Si bien qu’on la lâcha brutalement. Ils s’étaient tous mis au garde à vous. Un officier vint casser la prison formée par leurs corps et il contempla la pauvre fille tombée à genoux sur les pavés.

« Je peux savoir ce que vous faisiez ? »

« On faisait appliquer la loi, chef. »

« Et la loi dit que vous devez effrayer et martyriser les femmes non mariées ?! Portant le hijab qui plus est ?!»

Un silence, violent, s’écrasa sur le groupe. Ixchel ne parvint pas à distinguer le visage de ce qui semblait être son sauveur, bien caché sous un casque d’or.

« J’ai posé une question ! »

« Non, monsieur. »

« Bien, alors disposez avant que je ne vous fasse rejoindre le bretteur espagnol ! La tête détachée du corps ! »

Ni une ni deux, les voilà filant bien vite hors de leur vue. Aussitôt, l’officier se baissa pour aider Ixchel à se relever et surtout l’inspecter.

« Vous êtes intacte ? »

« Oui… Merci monsieur. »

« Bien, vous devriez vous couvrir un peu plus. Les Ottomans ont quartier libre souvent avec les indigènes. Ce qui veut dire, viol. J’ai horreur de ça personnellement. Et sous ma garde aucune femme ne se fera souiller. »

Tout comme elle l’avait fait pour le grand vizir, elle tenta de voir un visage derrière ce casque épais. Curieux de la voir essayer, il eut un sourire.

« Allons, allez acheter ce que vous vouliez. Je surveille. Ah et… »

Il sort de la monnaie de sa poche.

« Vous irez acheter une tenue avec ça. Cela ne vous protégera pas, mais ça évitera de vous faire remarquer. »

« Merci… »

Sous sa surveillance, elle put faire des emplettes tranquillement et s’acheter une robe décente. L’officier ne la quitta pas, même lorsqu’elle partit faire un tour jusqu’au port pour regarder la mer. Elle lui raconta comment on l’avait enlevée jeune et comment on l’avait vendue à un duc d’Angleterre comme esclave. Elle ne faisait que la cuisine, et même si le travail était pénible et les attouchements fréquents, elle n’avait pas eu à se plaindre outre mesure de souffrances physiques. Il la trouva éminemment courageuse d’avoir fui pour retrouver sa liberté et surtout : d’avoir été entendue par l’un de ses dieux. Il l’arrêta à l’évocation des dieux mayas.

« Ne parlez pas de vos dieux, pour nous n’y a qu’un Dieu. Je comprends que vous puissiez ne pas le connaître, mais d’autres vous traiteront mal si vous avez une autre religion que la nôtre. »

« Oh… Et vous… Vous voulez pas vous marier avec moi ? Vous êtes gentil… »

Il se fendit dans un rire doux.

« Je suis déjà marié belle demoiselle. Et j’aime ma femme. Mais si j’avais été libre, croyez moi j’aurai considéré de vous sauver en vous prenant pour épouse. »

« Dommage… il doit pas il y en avoir beaucoup des comme vous. »

« Il y en a, ne croyez pas ça. Aller, demoiselle, je vous raccompagne en lieu sûr. »

Toujours aussi formel, il tint sa parole et la raccompagna jusqu’au bas de l’escalier du bureau, où elle le remercia de sa bouille adorable. Il sourit encore, alors qu’elle disparaissait derrière la porte, en sécurité. Soo-Mee a toujours le nez dans ses comptes lorsque la maya revient.

« Oh peut-être qu'il faudrait des Styx encore... ça part tellement vite ça... enfin tous les alcools partent vite depuis que Turb est là... ah ! T'es rentrée Ixchel ? T'as trouvé ton bonheur ?  » 

Elle se lève et rejoint son amie-apprentie-protégée, mais visiblement ça ne s'est pas bien passé. Elle écoute avec horreur le récit de la maya, lui tenant la main comme si cela pouvait effacer cette horrible expérience. Comment pouvait-elle être si stupide ? Elle en voulait à mort aux envahisseurs, mais aussi à elle-même. Elle n'était même capable de la protéger et l'avait laissée prendre un risque insensé pour une poignée de légumes. Elle serre les dents, se disant qu'il fallait trouver une solution au problème ottoman et rapidement...

« Ne t’en fais pas Kim, l’officier a bien pris soin de moi, il a été si gentil… C’est grâce à lui que je suis sauve. »

L’optimisme de la jeune fille se tarissait rarement, elle préférait toujours voir le verre à moitié plein. Et contrairement aux passés de certaines personnes, elle s’estimait chanceuse. Combien de fois les hommes auraient pu lui faire du mal ? Des tas, mais les dieux lui avaient toujours épargné de trop grandes souffrances.

« Peut-être qu’on pourrait trouver des hommes gentils comme lui si jamais on arrive pas à les faire partir ces envahisseurs. Au moins on sera mariée avec quelqu’un de gentil. »

La ministre réfléchit à l’idée en faisant la moue. Elle n’avait pas confiance. C’était facile de se montrer serviable et planter un couteau dans le dos à la première occasion, c’était même devenu la spécialité de certains sur l’île.

« Je sais pas... je préfère me marier à quelqu’un que je connais, c’est plus sûr.  »

Elle regarde Ixchel un moment, et se lève pour préparer du thé.

« Vu que dans leur tête un couple c’est forcément un mec et une femme qui obéit sans chouiner... on pourrait peut-être en parler à Valeryo... c’est une crème. Et t’es sûre que ça se passera bien, vu qu’il est... enfin, il était avec Aaron … au moins ça lui rendra service aussi, tu vois ?  »

« C’est qui Valeryo ? Je le connais pas… Mais si tu dis qu’il est gentil je te fais confiance. Et il doit être triste aussi… Et toi tu feras comment si c’est ton ami, c’est mieux que vous vous mariez ensemble non ? »

« Moi ? Bah… je sais pas trop… pour l’instant je leur raconte des conneries et ils les gobent, surement parce qu’il y a des rumeurs sur mon compte en plus. Mais ça s’arrangera peut-être quand on ira voir la princesse. On n’aura peut-être même pas besoin de se marier ! »

La jeune fille sourit, un peu plus rassurée, avant d’aller préparer à manger. C’est sa spécialité après tout…
Umbrella
Umbrella
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Posté le 26/10/2021 à 13:22:04 

Plusieurs jours et plusieurs nuits enfermée dans une prison... cela en était de trop. La patience n'était pas déjà mon fort mais la.

Je me rendis dans les gradins où le spectacle était désolant.


S'adresse aux nain et autres personnalités dont elle a oublié le nom.
"C'est hors de question que je me batte pour vous"

S'assoit sur un coffre :
"Je ne bougerai pas d'ici !!!"
 
Tape sur une cage à proximité :
"REVOLUTION!!!"
Ixchel
Ixchel
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Posté le 26/10/2021 à 15:34:28. Dernière édition le 26/10/2021 à 15:35:39 

Le soir même, les filles se couchèrent. Elles avaient très vite pris l'habitude de dormir ensemble, dans les bras l'une de l'autre. Une manière de se tenir chaud, de se rassurer entre elles, et de passer une nuit paisible et agréable, sans rien de plus bien entendu.
Ce qu'elles ne savaient pas, c'est que ce soir-là dans la mosquée des décisions avaient été prises et des ordres donnés. Deux groupes, composés d'un gradé et quatre soldats chacun, venaient d'arriver au pied de la banque espagnole. Visiblement, les gradés étaient tous deux surpris de trouver un autre détachement sur les lieux. L'un d'eux était ici sous les ordres de la Princesse Fatma, tandis que l'autre avait reçu des ordres du Parfumé.

"Vous êtes là pour...?" Fit le sergent de Fatma.

"On nous envoie chercher l'indigène. Il paraitrait qu'elle vit ici." Répondit donc l’officier rencontré par Ixchel un peu plus tôt dans la journée.

"Possible, on nous a demandé d'escorter la ministre..."

"Vous croyez que...?"

"Peut-être... qu'Allah nous préserve d'un tel spectacle."

Les gradés regardent leurs hommes et échangèrent un regard. Visiblement tous deux avaient reçus les mêmes ordres.

"Elles doivent être amenées aux émissaires en parfait état, alors faites attention à ce que vous faites. Vous savez ce qui arrive à ceux qui les déçoivent ou désobéissent..."

Il n'a pas besoin de sortir son shamshir. Ils savent parfaitement à quoi s'attendre, surtout au vu du regard du deuxième officier.

Un bruit réveille Soo.
A moitié dans les vapes, sa première pensée va à Alejo.

"Putain s’il débarque encore en pleine nuit je le bute..."

Non, ce n'était pas lui. Il n'avait que deux jambes, comme à peu près tout le monde, et là il y avait quand même beaucoup de bruits de pas.

"Ixchel planque toi !"

Elle a à peine le temps de dire ces mots et d'attraper la première arme qui lui passe sous la main - une bouteille, et d'eau s'il vous plait ! - que la porte s'ouvre sur le double-groupe de soldats. Ixchel se réveille en sursaut, bien endormie à ce moment et tombe du lit, vêtue de sa chemise trop grande. Dans le doute, elle n’ose pas se relever et reste au sol, à peu près cachée.

"Madame la Ministre, la Princesse requiert votre présence... immédiatement."

"Et la femme que vous hébergez est également demandée."

Les deux gradés échangent un regard, sans doute en se disant que ça se passe très bien. Pour l'instant.

"Y'a personne d'autre que moi ici..."

Elle jette un regard discret vers le lit en se demandant si la maya avait eu le temps ou le réflexe de se planquer, mais deux hommes entrent dans la pièce. Visiblement, ils ne croient pas une seule seconde à son mensonge et ont décidés de faire du zèle.
Soo-Mee tente de s'interposer, mais l'un d'eux la repousse brutalement en arrière. Le dos de l'espagnole vient heurter le coin de la commode, et elle tombe au sol en même temps que la bouteille qui se fracasse à côté d'elle.

 
"Ah putain de... ah !"

Elle ouvre grand les yeux en voyant sa petite louve foncer vers son agresseur, et se faire chasser d'un brutal coup de pied. Au moins arrive-t-elle contre elle.

"Song Ki !!"

Elle sert la louve contre elle, tandis qu'un des soldats s'esclaffe fièrement.

"La deuxième femme est là chef ! Elles osent partager un même lit..."

Il grimace, et regarde d'un air mauvais les deux femmes... mais avant qu'il n'ait le temps de dire ou faire quoique ce soit le général de Fatma s'approche de lui, clairement mécontent.

"Qu'est-ce que j'ai dit ! En parfait état ! Pas avec le dos en miette ! Vous avez intérêt à prier pour avoir la clémence de la Princesse !"
 
Le soldat détourne le regard, jusqu'à le poser sur Soo-Mee et sa louve. Visiblement, il s'agace de la situation.
 
"La Princesse ? Elle est folle à lier ! C'est qu'une femme, elle fait ce qu'on lui dit et en subit les conséquences si elle l'ouvre. Mais très bien, on la touche pas ! Par contre le loup..."
 
« Non ! »

Devant le brouhaha et l’échauffourée soudains, Ixchel c’était relevée pour s’interposer.

« On fait rien toutes les deux… Madame la ministre m’héberge parce que je n’ai pas de toit le temps que je me marie… C’est comme une sœur… »
 
Le gradé n'a pas le temps de remettre son subordonné à sa place que Soo-Mee, le regard mauvais, se relève avec ce qu'il reste de la bouteille le plante dans le cou lu soldat qui a osé menacer sa louve. Distrait par Ixchel, celui-ci ne comprend pas ce qui lui arrive et se retrouve incapable d’émettre le moindre son. Quelques secondes après, il tombe au sol raide mort.
Les soldats bloquent une seconde devant le spectacle - il venait vraiment de se faire tuer par une femme ? - puis vont pour sortir leurs armes. Mais le gradé les retient d'un geste de la main. L’intervention de la plus jeune avait calmé et apaisé les esprits des Ottomans, tout comme le meurtre brutal.

"Un sort plus clément que ce qu'il aurait subi pour ces injures et l'irrespect dont il a fait preuve..."

Il échange un regard avec son comparse de l’armée de l’émissaire avant de reprendre.

"Nous vous attendrons dans votre bureau, le temps que vous vous habillez et... vous laviez."
 
Il montre rapidement du doigt le sang qui est sur Soo-Mee, et sort avec ses hommes et le cadavre. L’officier du Parfumé eut un sourire presque fier pour Ixchel, elle avait su trouver les mots pour calmer les puristes de son peuple, qu’importe que ce soit des mensonges, avec une autre armée, cela leur aurait probablement sauvé la vie. Il approuva ensuite les mesures de son collègue et laissa tous les hommes sortir en premier.
 
« S’il vous plaît, n’essayez pas de vous enfuir, cela rendra la tâche plus difficile, pour vous comme pour nous. Tout ira bien si vous coopérez. »
 
La maya se baisse pour aider Kim à se lever et vérifier qu’elle n’est pas blessée. A peine les soldats sur le départ, celle-ci s’était précipitée pour vérifier l’état de Song Ki qui, bien qu’elle n’avait pas de blessure apparente, boitillait légèrement.
Aidée par la jeune maya, elle se relève péniblement. Son dos lui fait mal et l’adrénaline commence, doucement mais surement, à redescendre. Un mélange de colère et de peur émane de sa voix.

« Mais qu’est-ce qu’ils nous veulent encore... »
« On verra bien… L’officier qui était là, c’est lui qui m’a sauvé hier. Je crois qu’on a pas le choix mais… Je veux pas être séparée de toi… »
La marchande soupire et force un sourire.
« Moi non plus… on verra bien ce qu’elle nous veut… »

Elle avance doucement vers la baignoire, le temps de mieux supporter la douleur dans son dos, puis fronce les sourcils et regarde Ixchel.
« L’officier là… il était pas fringué comme celui de la princesse… tu sais pour qui il bosse ? Tu crois qu’on va être séparées… ? »

« Je sais pas… j’ai peur… »

Elle la regarde avec inquiétude et une fois que son amie fut dans l’eau, elle se dépêche d’aller chercher la robe achetée la veille.

« Je veux pas qu’on me remarque comme hier… »

« Oui vaut mieux pas… il faut que tu te fondes dans la masse pour avoir la paix… »

La ministre se penche sur le bord de la baignoire, dont l’eau se teinte légèrement du rouge du sang qu’elle a sur elle.

« Ca me rappelle quand on était gamin, on se faisait discret pour pas se faire griller… fait voir ce que ça donne cette robe ? »

Ixchel peine un peu à enfiler la robe, même si lorsqu’elle était esclave il lui était obligatoire d’en porter. Elle tourne et retourne le corset un moment, avant de finalement trouver le sens et comment lacer le tout.
Elle se met donc face à son amie et attend le verdict.

« Hey ça te va bien ! Je sais que tu préfères ta tenue habituelle mais ça le fait. C’est joli sans être tape à l’œil. »

La marchande lui sourit, et montre un petit meuble.
« Prends aussi des chaussures… je sais que t’aimes pas trop ça, mais autant donner le change jusqu’au bout… »

« Mais ça fait mal aux pieds vos trucs… »

La démarche traînante, elle s’en va alors choisir une paire, celle qui lui torturait le moins les pieds. Une fois une paire de bottes enfilée, elle se redresse et s’en va jeter un œil à la fenêtre.

« Il va falloir y aller… »

Son ton trahissait sa crainte, mais d’un côté, la présence de l’officier ange gardien l’apaisait un peu. La jeune fille attendit que Kim ait terminé de se nettoyer en se dandinant nerveusement.
Finalement, quelques minutes après la ministre vient poser ses mains sur ses épaules. Elle n’est pas encore totalement habillée, mais essaie de rassurer son amie.
« Allé… je termine de m’habiller et on va aller voir ce qu’ils nous veulent… »

Elle lui sourit gentiment, et essaie de se montrer encourageante.

« Ca doit pas être si terrible, sinon ils auraient pas pris la peine de faire ça en douceur… »

Elle termine de s’habiller, et glisse l’hijab dans son sac car, après tout, on sait jamais. Une fois dehors c’est l’officier de l’émissaire qui prend la parole et tend la main à l’indigène.

« Mademoiselle, je vais vous accompagner chez l’émissaire. Vous allez devoir participer à des épreuves. Suivez nous, tout va bien se passer, je vous le promets. Il est de loin le plus raisonnable de tous. »

Sur le coup, elle a un mouvement de recul, des épreuves ? De quoi ? Pourquoi ? Elle ne voulait pas… tout ce qu’elle voulait c'était rester ici, au chaud avec son amie. Il sembla voir en elle toutes ces questions.

« Ce n’est que temporaire. Ca va aller… je vous protégerai, je vous le promets. »

Elle lança un regard en arrière en direction de Kim qui ne semble ni rassurée, ni contente.

 « Pardon mais… des épreuves ? C’est quoi cette histoire encore ? Vous pouvez pas les faire vous-même ? »

« Ce n’est pas à moi de vous l’expliquer je regrette. »

Il attrapa la main d'Ixchel et la plaça devant lui, une main sur son épaule, continuant de la rassurer d’une voix moins autoritaire que celle dont il venait de faire preuve. D’un geste doux, il replaça l’hijab sur sa tête correctement pour que ses cheveux soient tous bien placés, avant de lui parler à voix basse.

« La robe vous va très bien… avec ça sur votre tête, vous serez en sécurité. »

Au vu du regard de la maya, toutes les paroles du monde ne pourraient l’apaiser mais visiblement, rien n’était possible pour échapper à leur sort.

« Il faut y aller. La route est longue. »

Sans attendre, il laisse l’autre groupe se débrouiller avec la ministre et intime l’ordre au sien d’avancer mais Ixchel se met à résister.

« Non, je peux pas partir sans elle ! »

La ‘elle’ en question est visiblement plus que d’accord avec ses propos, et elle n’apprécie clairement pas du tout le petit manège du gradé mielleux.

« Tu crois faire quoi là ?! »

Elle s’avance pour s’interposer, mais…
*bonk*
Assommée, la ministre tombe au sol avec le gradé de Fatma derrière elle. Il range son arme et fait signe à ses soldats de l’embarquer.

« Au moins elle fera pas chier sur la route. Il y a des limites à ce qu’on supporte… si ça pose un problème, on mettra ça sur le dos de l’autre. Embarquez-moi ça. »

Ixchel tente alors une percée pour rejoindre son amie dans un cri, implorant pour qu’on ne la sépare pas et qu’on ne fasse pas de mal à son amie. Malheureusement pour elle, l’officier l’attrape pour la soulever sans grand peine et l’emmener tâchant de rester hermétique aux cris de la prisonnière. Finalement après plusieurs minutes à se débattre, ses forces s’amenuisèrent et elle se laissa emmener jusqu’à la fameuse mosquée dont elle ne vit pas grand-chose si ce n’est un mur immense de pierre.
Simon de Windt
Simon de Windt
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Posté le 01/11/2021 à 10:59:53. Dernière édition le 01/11/2021 à 11:41:37 

[RP écrit à partir des événements et des AP faites en jeu par Sokollu Mehmet, Madre, Yulia, Cendre et d'autres encore présents à ce moment-là !]


- Où est Youssef ?
 tonna Sokollu Mehmet.
 
Il interrogeait les « gris » présents dans l’arène, guettant la moindre réaction qui trahirait le ou les coupables. Simon se fit tout petit, interrompu au milieu de la sculpture qu’il avait reprise un peu plus tôt, n’osant regarder leur geôlier attitré en face, déjà catalogué comme l’un des plus faibles du groupe par l’Ottoman. Incapable de faire dans la bravade comme les autres qui tentaient de mener Sokollu en bateau, il garda le silence, persuadé que sa culpabilité était aussi visible que le nez au milieu de la figure. Youssef était tombé la veille sous les efforts coordonnés de toute l'équipe, dont Turb qui l'avait déjà payé au prix d'un supplice écœurant, et Arina fouettée jusqu'au sang, et d'autres encore, et c'est Simon qui avait porté le coup fatal.
 
- Je n’ai trouvé que du sang, et des traces de lutte ! continua-t-il, sa colère enflant rapidement. TOI ! Que s’est-il passé ? Réponds !
 
Simon osa enfin lever les yeux, le cœur chutant dans sa poitrine, craignant ce qui n’allait pas manquer d’arriver, et il croisa le regard sombre du chef Turc. C’était bien à lui qu’il s’adressait, isolant le maillon faible. Sokollu se pencha, ses yeux lançant des éclairs sous ses sourcils broussailleux, sa colère presque palpable. Simon bafouilla une excuse pitoyable, peu convaincante. Le Turc serra une de ses grosses mains autour de la sienne, celle qui tenait encore sa sculpture de bois. Simon grimaça, les doigts puissants de Sokollu enserrant les siens dans une étreinte implacable et déjà douloureuse.
 
- Peut-être s'est-il enfui… ? hasarda-t-il pour faire écho aux autres, trop tard peut-être, se crispant pour résister à la douleur naissante.
 
- Misérable insecte…
 
Sokollu serra encore, à en faire craquer les doigts autour de la petite sculpture de bois. Simon inspira brutalement de l’air.
 
- Je ne sais pas, monsieur ! Je ne sais pas !
 
- Ne me mentez pas, jeune brûlé ! C'est le reste de votre personne sinon que je vais passer au feu ! Ainsi, ne restera que la vérité !
 
Il accentua la pression. Simon tomba à genoux, saisi au point d'en être incapable de répondre, et agrippa le poignet de Sokollu pour tenter de lui faire lâcher prise. Le Turc, utilisant son autre main, gifla le visage du jeune homme, lui éclatant la lèvre.
 
- La vérité ! Parle !
 
- Je l'ai tué ! Je l'ai tué, finit par avouer Simon, la panique l’envahissant en sentant ses phalanges à deux doigts de céder.
 
Sokollu sourit, d’un sourire dur et sans joie.
 
- Moi tout seul, pendant qu'il dormait, ajouta-t-il, tentant tout de même de mentir pour éviter la punition à ses compagnons. Les autres ne le savent pas! Lâchez moi, s'il vous plaît… S'il vous p-AAH!
 
Il inspira à nouveau une grande goulée d’air quand le premier doigt céda. Il sentait le bois s’enfoncer dans la chair de sa paume. Les tentatives des autres pour retenir le Turc ne firent que l’énerver davantage, et il serra encore, sans plus se retenir. Simon haleta en sentant plusieurs phalanges éclater sous la pression. Il essaya de frapper son tortionnaire en désespoir de cause, mais celui-ci se contenta de lui asséner une autre gifle, encore plus sèche. Cendre lui bondit dessus comme une furie, se faisant repousser à plusieurs reprises, aidée par Carter et d’autres qui commençaient à s’agiter pour de bon autour de la scène.
 
- Vous êtes une brute, dit le jeune homme, la lèvre éclatée et la main virant à un violet malsain dans la poigne de Sokollu.
 
- Je suis une brute ? Vous ai-je mal traité ? Comme j'en avais pourtant le droit ? Toi, Simon, à qui j'ai montré une attention particulière, te confiant des tâches… dit-il en secouant la tête. Je suis déçu.
 
- J'ai tué Youssef, votre chien de garde, et il ne fera plus de mal à personne. C'est cela qui vous dérange le plus, je parie… ajouta Simon, en sueur, les cheveux collés à son front. Vous croyez donc que nous sommes amis ? Vous avez réduit ma ville en esclavage !
 
Le soldat se pencha vers le sculpteur, menaçant.
 
- Penses-tu réellement que je pense que tu as pu agir seul ? Tu n’es que le premier sur ma liste, dit-il avant de le frapper d’un violent coup de tête.
 
Simon manqua tourner de l'œil, le nez écrasé, puis Sokollu tendit les bras, gardant toujours la main du jeune homme emprisonnée dans la sienne, le forçant à suivre le mouvement ou à lui disloquer l'épaule.
 
- Nous n'avons pas réduit ta ville, mais l'ÎLE à notre merci ! s’écria-t-il.
 
Il serra une dernière fois, de toutes ses forces, réduisant la main droite de Simon en bouillie, qui put distinctement sentir les os de ses doigts se briser en plusieurs morceaux pointus et transpercer sa peau. La nausée lui tordit le ventre et la douleur l’aurait fait hurler à s’en faire éclater les poumons s’il n’avait pas déjà été à moitié assommé par le tabassage en règle. Sokollu, humiliation suprême, utilisa son propre poing en charpie pour frapper la pauvre Cendre qui s’égosillait, le mouvement brusque tirant d’un coup sur le bras de Simon ; un « pop ! » horrible suivit, l'épaule n'ayant pas tenu. Le jeune homme grogna, pendant comme un pantin désarticulé au bout du bras puissant de Sokollu Mehmet, des papillons envahissant son champ de vision, agitant vainement sa main valide dans les airs quand il avait senti que son épaule avait cédé. Il perdit enfin connaissance avec bonheur, sa main en morceaux l’élançant affreusement au bout de son bras dont l’articulation n’était plus qu’une boule de feu.
 
 
***
 
 
Simon émergea quelques minutes plus tard, s’agitant par réflexe en sentant qu’on tripotait son épaule en feu. Il remua, essayant de bouger, réalisant que seul l’un de ses bras lui obéissait, l’autre pendant, complètement inerte. Il reconnut difficilement Madre, Cendre, Yulia, Arina, Cailtin, celui qu’on appelait Manouche, le pirate au teint pâle et aux dents longues et d’autres encore, qui s’affairaient autour de lui, fébriles. Aucune trace de Sokollu. Il les entendit mais les comprit à peine, en train d’échanger des paroles pressantes, des conseils et même des invectives, dans un brouhaha qui lui cogna vite dans les tempes et lui fit mal au crâne. Chaque geste mettait son bras droit au supplice. Cendre, agenouillée au-dessus de lui, prit son visage entre ses mains et lui parla. Il ne comprit pas ses mots, mais chercha maladroitement le contact en levant sa main indemne pour la toucher, la vue brouillée par intermittence.
À ce moment précis, Madre tira d’un coup sec sur son épaule avec ses deux mains, en y mettant simultanément autant de force et de douceur qu’il était possible, tandis que Yulia le maintenait solidement. Il tressaillit violemment et se cambra, la douleur de son épaule remise en place cédant à un soulagement presque aussi insoutenable, puis à une nouvelle vague de douleur atroce quand ses doigts tordus dans tous les sens entrèrent en contact les uns avec les autres. Il haleta à petites bouffées rapides sans pouvoir se maîtriser, retournant subitement à l’état d’enfant. Il se remémora l’immonde supplice des bandages qu’on lui changeait plusieurs fois par jour, souillés de fluides et de sang, lorsqu’on l’avait soigné de ses brûlures étant petit. Madre lui fit boire un peu d’une liqueur abominablement forte et il se détendit un peu, la cervelle toujours plus embrumée, bien trop pour se concentrer ou réaliser quoi que ce soit. Il tenta de se redresser pour regarder sa main, mais Cendre lui cacha les yeux. Il tenta de l’en empêcher sans grand succès, sombrant finalement à nouveau dans l’inconscience lorsque Madre lui fit boire le reste de la liqueur, le renvoyant au pays des songes le temps que les deux soigneuses récupèrent ce qu’elles pouvaient de sa main massacrée.
Agha Ahmet Seyfeddin
Agha Ahmet Seyfeddin
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Posté le 01/11/2021 à 21:41:16 

Le régime par la peur.
C'est ainsi que s'installaient les armées du Sultan lorsqu'elles venaient à la conquête de nouveaux territoires. L'invasion, en nombre. Puis la perte progressive d'espoir par la population, lorsqu'ils comprenaient qu'ils ne pourraient plus vivre autrement qu'avec cette présence armée.

Cela prenait plus ou moins de temps, à chaque fois. L'Agha en savait quelque chose.

Cette île n'y dérogeait pas. L'unique différence d'avec ses conquêtes précédentes résidait principalement dans le fait que ses habitants semblaient ne jamais avoir été confrontés à de réels envahisseurs. Tout du moins, rien qui ne les ait suffisamment inquiétés pour comprendre qu'ils n'avaient d'autre choix que de se soumettre à cette nouvelle vie.

Ce n'était pas un problème pour Ahmet Seyfeddin. Il n'était pas un sadique, et n'agissait que pour faire régner l'ordre.
Il était loyal au Sultan, et aux valeurs qu'il prônait. 

Ces jours passés dans cette arène l'avaient mené à faire preuve d'autant de fermeté, que de reconnaissance, lorsque les guerriers qu'il avait à sa solde agissaient pour lui. Il ne tolérait guère que l'on s'éloigne de ce qu'il attendait d'eux, mais il était prêt à récompenser leurs efforts.

Cependant, il avait décelé chez eux , et chez ceux régis par les autres émissaires, ce vent de révolte qui continuait de souffler. 
Il savait que celui-ci finirait par s'estomper, que le temps ferait son effet, mais il fallait pour cela qu'ils désignent quelqu'un pour les gouverner tous, et ne plus laisser place aux extravagances.
En attendant, l'armée faisait régner la peur, afin d'étouffer toute initiative qui pourrait compromettre l'invasion.

Il avait rangé son Tughra dans un coffre fort. C'était ce qu'il avait de plus précieux, dans ces contrées si éloignées de son pays d'origine. La preuve que le Sultan l'avait désigné, lui, comme son émissaire, comme son envoyé. 
Il était hors de question de l'égarer. Car si une partie de son armée lui était loyale car il l'avait formée lui même, une grande partie ne le suivait que parce qu'il représentait le Sultan. Et c'était ce symbole en particulier qui lui en donnait la légitimité.

Les affrontements arrivaient à leur fin. Ses guerriers n'avaient que peu réussi à affronter individuellement ceux des autres, mais les mêlées avaient montré leur motivation.
Il ne restait plus désormais qu'à mettre toutes les chances de son côté, avec l'aide du Vizir, pour que l'un ou l'autre d'entre eux parvienne au pouvoir, et que le Sultan reste honoré.
Calica
Calica
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Posté le 01/11/2021 à 21:49:55. Dernière édition le 01/11/2021 à 21:54:36 

Calica avait perdu la notion du temps.

Elle avait aussi un peu perdu de sa fougue. Elle enchaînait les tâches que lui imposait l'agha avec de moins en moins de résistance.
Il fallait chasser une fois, deux fois, trois fois, dix fois ? Elle y retournait.
Il fallait chercher, creuser, elle y allait.
Il fallait combattre, allons bon, elle savait comment s'y prendre pour assommer sans tuer.

Et puis les choses continuaient à s'enchainer inlassablement sans réellement voir le bout du tunnel. Ça n'avait plus de sens. Surtout quand il fallu retourner combattre dans l'arène. Calica était restée en retrait.

Ce deuxième affrontement avait laissé des traces. Les prisonniers d'Ahmet s'étaient fait confisquer tout le peu de confort qu'ils avaient dans leur cellule. L'agha était furieux du déroulement de ce deuxième combat. Ce fut le déclic pour Calica. Elle qui errait pendant des jours avait reprit ses esprits. Elle avait, elle aussi, haussé le ton contre l'agha. Et le gardien en chef avait eu des problèmes...


Ce soir, elle avait traversé l'arène.
Elle ne comprenait pas l'agitation qui régnait, elle préféra s'éloigner avant que les poings se lèvent. Elle ne voulait pas se battre ce soir. Elle reconnut au passage des compagnons déguisés en ottoman. Ils pensaient réellement que ce subterfuge allait encore fonctionner ?

Loin de toute l'agitation, elle avait enfin trouvé de quoi se laver.
Elle leva un bras et renifla. Cela devenait vraiment urgent...
Liberty attendra avant d'être sauvé.
C'était impossible d'être la femme de la situation en étant couverte de crasse.

Yulia
Yulia
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Posté le 02/11/2021 à 23:06:35. Dernière édition le 02/11/2021 à 23:21:07 

Page du journal d’ordre de mission de Yulia, octobre 1721.

A la sortie du corbeau noir, je ne savais pas ce qui m’attendais, Parfois je me dis que j’aurais dû me terrer dans cette auberge miteuse et ne pas me rendre au rendez vous des ottomans. Pourtant ce n’était pas ma nation qui était en danger, mais le mode de vie de notre île en lui-même. C’est donc avec une curiosité malsaine que je me rendis au lieu indiqué.

Mais ce ne fut qu’une grande surprise quand je vis qu’une tour avait été dressée en mon absence. En si peu de temps c’était à la limite du miracle. Néanmoins ce n’était pas la seule chose qui j’avais trouvé bizarre sur le coup. Toutes les personnes avec un turban autour du cou. Toutes ces armées revendiquant Allah et ces préceptes, et surtout l’obligation pour les femmes de porter un voile sur le visage. Un voile avec la chaleur de Liberty ? C’était impensable, mais le choix n’était pas donné à cause de l’image que cela pouvait diffuser pour les envahisseurs. Une catin, une fille d’un bordel, une prostituée quoi.

J’avais l’impression de vivre une veille pièce de théâtre où les protagonistes revenaient à une ère patriarcale.  

A l’entrée d’un bâtiment de culte qu’ils appellent mosquée, nous fûmes séparés. Les hommes d’un côté les femmes d’un autre. Et c’était un défilé de voile de toutes les couleurs. Et certaines femmes qui ne voulaient pas se plier à cette obligation se faisaient invectiver par les ottomans. Drôle de manière d’imposer des traditions à une île où la liberté est le maitre mot.  

Un prêche une parole agressive, une envie de nous plier tous au joug de leur volonté où de leur dieu, nous fumes regroupés en plusieurs équipes et enfermés comme des animaux dans une cellule de sable. Quelques couchettes étaient disposées, mais pas assez pour le nombre que nous étions.

Parmi mes compagnons d’infortunes, il y en avait que je connaissais de visu, d’autres de noms et d’autres qui m’était complètement inconnus. Mais le but n’était pas de connaitre les affinités, il fallait surtout trouver une bonne entente afin de se sortir de là. C’est alors que notre janissaire, grand fervent d’Allah, fit son apparition en nous indiquant nos tâches à réaliser, et qu’on devait combattre les autres équipes. C’était pour moi une ineptie de vouloir obéir à leurs ordres. Je fis donc ce que je connaissais le mieux : la provocation par ma verve. Ce qui me fit avoir des conversations souvent alambiquées avec notre tortionnaire. Nous devions obéir comme des marionnettes pour son plus grand plaisir. Ce que je n’acceptais pas. J’allais dans les différents lieux obligatoires, mais je cherchais toujours une solution pour m’enfuir. Dans les souterrains de la mosquée, à part des bêtes, je ne trouvais pas d’issue.

Dans la geôle, aucune issue était possible… Je tentais tout ce qui était possible, mais rien ne marchait. Mes diverses provocations envers Sokollu, ne furent pas bien appréciées, et il me gifla haut et fort. Ma joue brule encore de ce contact si virulent envers mon visage si pale.

Dans l’arène, là où nous avions la possibilité de retrouver d’autres Libertyens, personne ne voulait sonner la rébellion. Cette arène était justement là pour nous pousser à nous combattre les uns et les autres. Avec Arina et Phenix, nous devions affronter les violets. Qui n’étaient autres que Voynich et Dulcina qui venaient d’avoir un bébé, et Dragon Noir, une fidèle des frères de Liberty. J’avais poussé à la rébellion, mais une prise d’otage empêcha ce geste qui me semblait pourtant le plus approprié même si nous étions sans doute impuissants.

Et puis cette bataille de groupe, sans règle, sans foi ni loi. L’étendard gris à joué jusqu’au bout la résistance et ils furent quasiment tous admis, sauf Madre Anna à l’infirmerie des Ottomans. Le pire dans cette histoire est que la personne qui m’a envoyée directement en convalescence est une personne avec qui j’avais partagé plus qu’un simple verre. L’intimité d’un lit, l’intimité d’une guilde. Cette trahison me fit avoir moults questions dans mon for intérieur. Bien que certaines choses puissent être terminées, il y a des choses qui ne sont pas acceptable, surtout dans le cadre où l’on était. Mais là la fin du plus fort a été la meilleure, et une rancune sans précédent grandissait dans mon âme.

Dans toute cette ombre, certaines personnes se sont montrées sous leur meilleur jour et la protection rapprochée agréablement acceptée. Toujours solitaire et ce depuis un moment, discuter de nouveau de tout et de rien , retrouver un contact humain. C’était une aubaine, mais c’était le moyen de montrer ma faiblesse. Ma grande faiblesse. Une solitaire décidée en manque cruelle de compagnie. Un comble.

Parlons de Youssef maintenant, le garde personnel de Sokollu qui fut un grand obstacle à notre avancée mais qui fut renvoyé ad patrès. Turb fit une grande partie du travail, et une autre l’acheva. Ce petit être héros de ce jour.

Et puis Simon, héros malgré lui des gris, qui se faisait tabasser gratuitement à cause de ce qu’il avait fait pour le bien des troupes. La manière dont il avait été traitée fut abjecte, mais par miracle avec Madre Anna nous avons pu lui remettre l’épaule dans l’axe et lui sauver tous ses doigts. La rééducation sera longue, mais il devrait retrouver tout l’usage de sa main.

Et puis le dernier soir, le soir du sang, le soir de la provocation, et le soir de la libération. Epuisée et fatiguée de devoir répondre aux exigences des geôliers en proie eux même à une guerre entre eux. Entre les vols, les soins, les combats, les brimades psychologiques et parfois physiques, les insultes… Il était temps pour nous de crier vengeance. Une vengeance méritée. Pour Simon pour les personnes sous l’étendard gris, et puis pour tous ceux pour qui la liberté est cher. Le combat fut rude les coups pleuvaient.

J’avais deux protecteurs rien que pour ma personne. Sokollu semblait avoir perdu la raison, et ses propos devenaient de plus en plus odieux. Un manque de respect inacceptable avec des mots abjects. Enragée mon scalpel me servait d'arme, mais ce bougre était fort. Et je ne pouvais rien faire. Mes talents de chirurgiennes furent mis à rude épreuve. Mais le despote fut tué , comme les autres qui avaient acceptés l’affrontement. L’enfant ottomans fut dévoré par un crocodile mais je ne me souvenais pas de tout vu l’épuisement de mon corps. Titubant j’allais choir quand une bonne âme me retint et me cala dans un coin pour dormir.

Le dernier matin, quand l’échelle fut tendue à toutes les personnes en captivité, je pris quelques secondes avant de réaliser que je pouvais sortir. Un dernier geste à mon protecteur de la rixe de la veille qui m’avait prêté son épaule réconfortante à moult reprise et je filais comme une voleuse avant sa réaction. Je détalais pour retrouver la chaleur d’un foyer, et je ne fis même pas attention à l’air pur qui avait envahit mes narines à la sortie de la geôle. J’avais juste subtilisé un paquet qui contenait bijoux et nourritures.

Arrivée dans la belle cité hollandaise, je me dirigeais directement vers le repaire où j’avais l’habitude d’aller après des évènements perturbants. Arrivant à la porte, je l’ouvrais, je la refermais, je soufflais un bon coup et je savais que le réveil du lendemain allait être rude. J’allais vider de nombreuses bouteilles d’alcool tentant de passer ma peine et ma colère des derniers jours. Je me devais de me punir de ma faiblesse du moment… Ce manque de contact humain… un vrai contraste avec ma vie de solitaire décidée… Gisant sur le sol j’avais passé la nuit ainsi… Ivre … incapable de réfléchir. Pleurant à chaude larme un manque que je pensais définitivement guéri. Mais … j’avais tort.
Fatma, servante de Kim la bien nommée
Fatma, servante de Kim la bien nommée
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Posté le 04/11/2021 à 15:53:51. Dernière édition le 04/11/2021 à 15:58:32 

Fatma était venue pour asseoir son autorité en tant qu’héritière et prouver aux hommes qui l’entouraient, son père, son mari et son frère, qu’elle était capable de régner autant qu’eux.

Réussir à prendre convaincre son père et son mari de partir avait été assez facile : il lui avait suffit de trouver les bons arguments au bon moment.

Enrôler des gardes de l’armée impériale à son service n’avait pas été bien compliqué non plus. Quelques clins d’œil par ci, une œillade par là, quelques pièces dans les mains et des promesses avaient suffi.

Prendre le rôle de capitaine en mer, un jeu d’enfant aussi quand on a une armée avec soi et que le capitaine du bateau principal est un ancien amant.

Mais ce à quoi elle n’avait pas pensé, c’était que les autres voulaient aussi prendre le contrôle de l’île. En fait, ils avaient tous les mêmes idées et personne n’était prêt à céder le pouvoir.

C’est l’Agha qui avait eu l’idée extravagante d’enfermer les habitants de l’île dans des vestiaires et de faire en sorte qu’ils se battent dans des épreuves pour chacun d’entre eux. Fatma avait trouvé l’idée un peu saugrenue, se demandant comment et surtout pour quelle raison ils se seraient battu au lieu de vouloir s’enfuir. Mais tout était bon pour tenter de prendre le pouvoir, et s’il fallait en passer par là, pourquoi pas.

Mais rien ne s’était passé comme prévu : elle aurait dû s’en douter mais bon, parfois l’envie de pouvoir vous fait perdre la raison.

Déjà, convaincre les prisonniers de se battre pour elle alors que certains n’avaient pas les qualités requises ou bien que d’autres étaient trop endormis, fut assez compliqué.

Ensuite, elle avait vu que ses adversaires usaient de la violence mais Fatma n’avait jamais aimé cela. C’était donc assez difficile pour elle de se faire obéir. Malgré cela, quelques-uns de ses « prisonniers » semblaient accepter de participer aux différentes épreuves.

Puis, au milieu de tout ça, elle les avait rencontrés : KimElijah et Aegis. Et à partir de ce moment-là, tout avait changé. Petit à petit dans son esprit, ils n’étaient plus des prisonniers mais devenaient des gens avec qui elle aimait discuter.

Au fil des jours et surtout des discussions avec Kim, une idée proposée par l’Espagnole fit son petit bonhomme de chemin dans l’esprit de Fatma : après tout, pourquoi ne pas y réfléchir plus sérieusement.

Tout en y pensant régulièrement, elle apprenait à redécouvrir les hommes, enfin surtout un à travers la personne d’Elijah. Il n’était pas comme tous ceux qu’elle côtoyait dans son pays : il était attentionné envers elle mais ce qui plaisait à Fatma c’était surtout son côté sensible.

Il y avait aussi ce gentil chaton, qui dès le début était venu se lover sur ses genoux sans rien attendre en retour si ce n’est des caresses. Et Fatma s’était laissé attendrir par le doux ronronnement d’Aegis.  


Les jours passaient et les échos qu’elle entendait sur les autres ottomans n’auguraient rien de bon : toujours la violence et même de plus en plus forte pour le pouvoir. Pour Fatma, l’idée de Kim avait fait son petit bonhomme de chemin : la liberté d’être elle-même, la liberté de faire ce qu’elle veut et peut-être d’aimer celui qu’elle aurait choisi.

Le grand jour était arrivé : les habitants avaient récupéré les turgha… les Ottomans avaient perdu leur légitimité et les soldats commençaient à déserter.  

Pour Fatma, c’était le jour de sa libération : elle avait écouté les propos de Kim et décidé de suivre son idée. Quand fut l’heure de sortir dans l’arène, Fatma Sultan la Précieuse avait fait place à Fatma Sultan, servante de Kim la bien nommée.  Bien sûr, elle craignait que les autres habitants ne veuillent la tuer mais Kim semblait persuadé qu’ils n’en feraient rien.

C’est donc à son service et à ses côtés qu’elle pénétra dans l’arène pour assister à la mise à mort de Sokollu et de l’Agha par les corsaires retenus prisonniers. Aucune émotion ne parut sur son visage quand elle les vit s’écrouler face contre terre. Par contre, un petit sourire discret sous son voile pointa quand elle entendit que son frère venait de se faire croquer par son crocodile : une fin digne de lui.  


Maintenant une nouvelle vie commençait pour elle : loin de son pays, des siens mais surtout loin de toutes les restrictions et des lois de l’empire. Elle allait pouvoir faire ce qu’il lui plairait.  

Direction la liberté.
Agha Ahmet Seyfeddin
Agha Ahmet Seyfeddin
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Posté le 06/11/2021 à 23:30:37. Dernière édition le 06/11/2021 à 23:33:00 

L'agitation était palpable dans l'arène lorsqu'il y pénétra. Il avait quitté son vestiaire en entendant le brouhaha général, et fut surpris d'y découvrir une compagnie toute entière d'envoyés du Sultan... dont il ignorait même l'identité.
Alors que ceux-ci se présentaient devant la Princesse et le Vizir, l'Agha observa la scène, suspicieux. L'un d'eux arborait un tughra, à sa plus grande surprise.

Ahmet Seyfeddin n'était pas forcément un habitué de la Cour du Sultan : il fuyait les mondanités, et leur préférait amplement les champs de bataille, ou, lorsqu'il n'y avait de conflit en cours, ses propres terres, plus rurales. Cependant, il était physionomiste, et n'oubliait jamais un visage. Or, si ces envoyés lui semblaient familiers, ce n'était pourtant pas en rapport direct avec ses souvenirs d'Orient.

Il prit le temps, et le recul, de les observer à distance, tout en restant attentif aux moindres détails.
Et lorsqu'il partit rejoindre le Vizir, afin de convenir d'une manière de procéder, il comprit le subterfuge. Le Parfumé se cachait, se pourrait-il qu'ils l'aient abattu? Ou bien le diplomate avait-il monté lui même cette supercherie afin de tenter de discréditer ses pairs?

L'Agha ne soupçonnait alors, pas encore, que le Tughra ait pu être dérobé à son propriétaire. Et pire, que ceux qu'il avait laissés dans sa cellule seraient bientôt en mesure de faire de même, lui faisant alors perdre une grande partie de ses forces armées.

Mais lorsqu'il aperçut la femme aux cheveux d'or arriver avec, en sa possession, son propre ordre de mission du Sultan, il eut un moment d'hésitation. Elle semblait insinuer qu'elle s'en servirait pour le sauver. Mais de quoi?
Il eut envie de le lui arracher des mains, mais il ne souhaitait pas la blesser. Il réfléchissait à un moyen de le récupérer, lorsqu'il entendit les échauffourées de l'autre côté de l'arène.

Sokollu Mehmet se faisait désormais attaquer par l'équipe qu'il avait recrutée. En somme, rien qui diffère des derniers jours : il avait aisément pu constater que celui-ci n'avait pas su, malgré sa manière forte d'intervenir, se faire respecter de ses guerriers. Sauf que... ses soldats n'intervenaient pour ainsi dire plus.
L'Agha vit alors que la religieuse brandissait le Tughra de Sokollu. 

Il comprit dès lors la situation, et se rapprocha du Vizir afin de, rapidement, faire éclater la vérité auprès de leurs soldats : ceux-ci devaient, de toute urgence, comprendre qu'il s'agissait d'une supercherie.
Les deux compères prirent donc en otage l'un des hommes s'étant enturbanné afin de se faire passer pour l'un d'eux. Et à force de menace, parvinrent non pas tant à le faire se démasquer, qu'à obtenir des aveux de celui qui avait récupéré le Tughra du Parfumé.

Malheureusement, les soldats n'écoutaient pas, ou plus. Les habitants de l'île semblaient s'engouffrer dans cet élan d'incompréhension, chargeant, de concert, les émissaires qui se trouvaient dans l'arène.
Yirmisekiz restait bien planqué, à moins qu'il n'ait été arrêté. 
L'Agha chercha des yeux la Princesse, et fut surpris de ne trouver qu'un regard fuyant de celle-ci, qui semblait se plier aux moindres désirs d'une autre femme. Il s'apprêta à aller à sa rencontre, pressentant qu'elle avait un problème, lorsqu'il vit qu'on le chargeait à son tour.

Il se mit dos à dos avec son comparse le Vizir, entourés chacun de leur garde personnelle restées fidèles, et ils entreprirent de ramener l'ordre au plus vite.
Ils se battaient, côte à côte, lorsqu'Ahmet entendit un cri déchirant qui le fit tressaillir, provenant directement du Prince Kamil, héritier du Sultan. Il le chercha du regard, et le vit avec horreur se faire attaquer par un crocodile. Il tenta de charger dans sa direction, mais les guerriers autour d'eux se faisaient de plus en plus nombreux, et ses soldats commençaient à tomber doucement, les uns après les autres.

Ils étaient entraînés, mais l'Agha constata aisément la hargne et la combattivité de ceux qu'ils affrontaient. Et il comprit qu'il devrait se battre durement pour la faire taire.
La bataille faisait rage, et ses forces armées s'amenuisaient. Il combattait à leurs côtés, mais il fini par constater que le Vizir, hypnotisé par cette femme qui l'avait séduit, ne chargeait plus.  Il se contentait de repousser les assauts, tant bien que mal.

Pris dans une sorte de transe totalement liée à l'urgence de la situation, l'Agha tournoyait, tranchait, repoussait les assauts, avec une violence inouïe. Mais il faisait face à une force qu'il avait négligée : celle de l'union.
Et s'il avait auparavant le nombre pour la combattre, il avait perdu son avantage au moment même où la femme aux cheveux d'or lui avait subtilisé son Tughra.

Il comprit dès lors qu'il devrait désormais tout donner. Et c'est ce qu'il fit.
Malheureusement, il ne parvint pas à bout de ses assaillants. Lorsque les derniers soldats de sa garde personnelle tombèrent, l'Agha se fit submerger d'ennemis.
Il y avait cette femme, qui voulait lui faire regretter les actes passés. Mais parmi tous ceux qui l'attaquaient, il ne vit qu'un seul des guerriers qu'il avaient sollicités pour défendre sa cause. Les autres ne prirent pas part à l'attaquer directement.

Et il croisa le regard triste de la femme aux cheveux d'or. Sa dernière pensée fut pour elle : il avait pourtant tout mis en œuvre pour qu'elle ne devienne pas sa faiblesse, mais elle serait pourtant responsable, malgré elle, de la toute première, mais également dernière, défaite de l'Agha Ahmet Seyfeddin...
Vizir Ercan Hayri Vedat
Vizir Ercan Hayri Vedat
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Posté le 07/11/2021 à 13:01:28 

Ercan tentait de motiver ses prisonniers comme il le pouvait. Tantôt en menace, tantôt en paroles agréables lorsque ces derniers avaient enfin consentit à faire ce qu'il réclamait. Les journées passaient, invariablement mais maintenant qu'il sortait dans l'arène pour y passer la journée à deviser avec ses semblables, il avait une autre raison d'attendre la prochaine journée avec impatience.

Lui qui était entièrement tourné vers la guerre, fidèle à son Sultan et à ses hommes, voilà qu'il observait quelqu'un avec un vif intérêt. Des propos banales au début avait été échangé, et petit à petit, cette femme était revenue à la charge. De quelques mots échangés, ils étaient passé à de grandes conversations. Et lui qui n'avait jamais eu aucun attrait pour les femmes avait un tout autre point de vu.

La journée la plus sombre fut celle où il perdit son bras droit. Ilyas et lui avaient affronté les plus terribles épreuves ensemble, et ces gens avaient eu raison de lui. Devant lui par ailleurs ! Le responsable de ce jour funeste avait été châtié, mais cela ne ferait jamais revenir l'homme qu'il avait perdu. De ce jour, où un accès de rage l'avait fait dévaster l'ensemble du mobilier qui se trouvait dans leur cellule, il les regardait avec haine. Seule cette femme lui permettait de penser à un avenir meilleur.

Le jour où les autres émissaires se montrèrent, il fut interloqué. Il ne comprenait pas bien pour quelle raison le Sultan aurait envoyé encore d'autres personnes, qui plus est si l'Empire était menacé. Et si la haute société était ce qu'elle était, il était inenvisageable de voir un homme parler ainsi à d'autres émissaires. Sourcils froncés, le Vizir les observait, en attente. Une jeune fille, la fille de cet autre émissaire lui fit signe de le rejoindre, et elle lui révéla le subterfuge. C'était en réalité les prisonniers qui s'étaient camouflés et déguisés en Ottoman avec ce qu'il avait pu trouver. Le Vizir ne doutait pas que la supercherie ne serait que de courte durée, l'Agha veillant avec célérité. Mais le conseiller du Sultan, Ercan ne dit mot, ayant pour seul objectif de veiller sur cette femme et éviter que la foudre ne s'abatte sur elle.

A la nuit tombée des échauffourées commencèrent. Son comparse religieux avait eu raison de la raison de ses prisonniers. Avec les distinctions honorifiques du Sultan volé, ils se sentaient pousser des ailes. Certains soldats tournèrent même le dos à leur commandant.

C'est à ce moment ci, qu'un homme, un de ses prisonniers lui commanda d'aller chercher la sienne. Sentant le coup fourré, le Vizir envoyé son soldat, celui qui était resté dans la cage avec les autres détenus pour les surveiller étroitement. Ce dernier, revint quelques minutes plus tard et pour tout objet, ramené un sous vêtement pour lui jeter au visage. Casque sous le bras, révélant sa supercherie. Ce n'était en réalité qu'un corsaire depuis le début ! Le Vizir se rappelait de cet homme. Un pirate, qu'il avait rencontré au bar de la plage à son arrivée. Il fulminait du vilain tour qu'on lui avait joué et rêvait de lui tordre le cou.

Les corsaires de cette île avaient maintenant envie d'en découdre pour de bon. Si un émissaire était en mauvaise posture, l'Agha commençait à l'être également. Le Vizir demanda à la femme qui lui avait ravit son coeur d'aller se réfugier dans les gradins, là où elle serait en sécurité, et surtout là où lui même pourrait se concentrer sans la chercher des yeux à chaque instant pour vérifier qu'elle n'est pas prise en otage par ses pairs.

L'Agha vint à lui, et se tournant le dos ils combattirent côte à côte. La majorité de ses soldats étaient resté pour se battre au côté de leur chef de section. Et un combat acharné s'enchaina. Des amis mourraient face à lui, pour le protéger. Des hommes qu'il avait lui même formé et entrainé. Il ne se rendit pas compte réellement de la mort de Sokollu, ni de celle du prince. On lui rapporterait les faits bien plus tard. Par contre, la mort de l'Agha lui glaça le sang. Parmi les émissaires, c'était le seul dont il était assez proche. De part leur compétence et leur fidélité au Sultan. Atterré, par les événements qui s'enchainaient, il voyait de plus en plus d'homme de son armée s'effondrer, et de plus en plus de corsaire face à lui.

La mort, il était habitué à la côtoyer, comme tout soldat. Elle jouait avec ses nerfs depuis bien des années. A chaque combat, il savait qu'un jour, elle viendrait le réclamer. Et cela, le laissait toujours de marbre. Mais étrangement pas cette fois. Maintenant qu'il tenait à quelqu'un, il n'avait pas envie de mourir, même si cela voulait dire subir l'opprobre de ses pairs. Il l'entendait crier depuis les gradins, hurlant aux habitants de le laisser en paix, de le laisser partir. Mais, ces derniers n'écoutaient rien, seul le sang les appeler à continuer.

Un homme finit par lui demander si il souhaitait se rendre. Réfléchissant il se rendit compte qu'il ne voulait pas mourir avant de l'avoir serré dans ses bras, et résigné annonça de vive voix qu'en effet il abandonnait le combat. Il fallut de longues minutes pour que les combats se calment, si lui avait baissé les armes, d'autres en profitaient pour tenter de le mettre à terre. L'indigène joua des coudes pour arriver jusqu'à lui, et le soigner autant qu'elle le pouvait. L'incertitude était à son paroxysme, devant la volonté de chacun de le voir mis à terre. Finalement, il profita d'un moment pour jurer qu'il partirait le lendemain et qu'il ne reviendrait plus jamais sur Liberty. Il donna sa couleur à la jeune femme, pour qu'elle puisse s'introduire dans son vestiaire et partit sur le champ, avec le reste de ses troupes.

Toute la nuit il rangea ses affaires et se prépara au départ. Il resta sur ses gardes à l'idée qu'un corsaire face le choix de venir le trouver pour un dernier combat. Mais l'heure tournant, personne ne vint. Il envoya ses troupes charger un navire et resta seul, en attente.....

Un pas léger, le fit sursauter à l'aube. Un froissement de tissu lorsqu'elle s'installa près de lui. Heureux de la retrouver, il passa sa journée avec elle, sachant pertinemment qu'à la nuit tombée, elle s'en retournerait vers les siens, tandis que lui prendrait la mer. Des années qu'il n'avait plus montré son visage à personne, il savait qu'elle voudrait le voir, et il appréhendait ce moment. Pourtant, il n'avait pas à le redoutait. Le moment partagé ensemble serait gravé dans son esprit à jamais, et à la nuit tombé, il lui remit deux objets. L'un était une lettre scellé de son sceau et qui lui permettrait d'arriver jusqu'à lui, si d'aventure elle le désirait toujours. L'autre, était un bien précieux. Le couteau qu'il gardait toujours avec lui, celui que son Sultan lui avait offert lorsqu'il avait accédé au rang de Vizir. Quant à elle, elle lui offrit également un objet pour qu'il puisse se souvenir d'elle.

Un dernier au revoir, et le voilà s'effaçant dans la nuit. Bien plus tard, Ercan, de son navire regarda l'île s' éloigner petit à petit. Accoudé au bastingage, il caressa de sa main un bout d' étoffe aux initiales brodées...
Yirmisekiz Mehmed Efendi "Le Parfumé"
Yirmisekiz Mehmed Efendi "Le Parfumé"
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Posté le 08/11/2021 à 11:14:02 

"Je vous assure, votre seigneurie, ma résistance a été héroïque. J'ai bien été le seul de vos émissaires à ne pas céder à la corruption des lieux, à l'exception de votre digne fils, paix à son âme."
 
Yirmisekiz rampait sur le sol face au Sultan et à sa colère. Aucun mensonge, aucune veulerie ne serait de trop pour se sortir de cette affaire.
Le voyage du retour avait été long et épuisant. Les fiers navires ottomans avaient été coulés par la flotte innombrable de Liberty et il lui fallut payer grassement des aventuriers sans foi ni loi pour faire voile vers la Sublime Porte avec le reste de son armée.
Et la colère du Sultan n'était rien à côté.
 
"Les émissaires que vous aviez choisis étaient puissants. Mais aucun n'était prêt à affronter les mœurs si éloignées de notre bel empire. Il m'a fallu toute l'expérience et la force de caractère dont je dispose, parce que rompu aux cours d'Europe, pour ne pas céder.
 
Voyez votre Agha, le seigneur Seyfeddin. Sa main a tremblé face à une petite blonde écervelée qui lui a fait tourner la tête et l'a poignardé dans le dos à la première occasion en lui volant son Tughra, sans doute depuis sa couche même.
 
Ou bien le fier Sokollu, aveuglé par sa volonté d'imposer les vérités de notre Islam trop tôt, épuisant ses hommes à la construction d'une mosquée, les laissant sans force au moment de se battre.
 
Et l'ignoble vizir Ercan, qui a été prêt à toutes les bassesses pour satisfaire son désir d'une sauvageonne. Je suis le mieux placé pour en témoigner, elle faisait partie de mes esclaves et rien ne m'a échappé. Il a préféré déposer les armes, abandonnant vos autres guerriers à leur triste sort, pour la rejoindre. Et s'il est ici maintenant, couvert de honte, c'est parce qu'il a été roulé par de faux sentiments.
 
Même votre fille, hélas, a cédé aux sirènes des hérétiques, donnant foi à cette liberté dont les femmes de cette île lui ont rabattu les oreilles, elles qui n'étaient que des putains à moitié nues quand elles ne l'étaient pas totalement. J'ai été complètement impuissant à la voir emportée pour les bordels de Cathay par une marchande d'esclaves.
 
Seul votre fils vous a fait honneur et il était sur le point de faire tourner la bataille en notre faveur quand ces barbares ont lâché des bêtes féroces sur lui par je-ne-sais quelle magie impie.
 
Mes efforts pour transformer mes esclaves en honnêtes musulmans commençaient à porter leurs fruits, les soldats pourront en témoigner, mais seul face à une rébellion d'une telle ampleur, je n'ai pu que sauver ma vie pour venir vous apporter mon témoignage.
 
Je vous supplie de faire preuve de pitié, mon seigneur. J'ai toujours été votre fidèle serviteur.
Je... Non ! Non ! Non..."
 
Les cris du diplomate s'éloignent peu à peu tandis qu'il est emporté de force par les gardes. Cris qui, bientôt, seront accompagnés par ceux du fouet de la justice du sultan.
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