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Quelques coups frappés aux portes de la ville...  
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Simon de Windt
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12/05/2022
Posté le 10/09/2022 à 21:40:15. Dernière édition le 11/09/2022 à 00:20:27 

…annoncent l'arrivée d'un voyageur esseulé, drapé dans un manteau de voyage élimé, capuche sur la tête. La nuit est déjà noire et les passages se sont raréfiés il y a une bonne heure déjà.

Son bâton bien en main, regardant autour de lui pour guetter le bandit, le voleur ou le fauve en maraude, vigilant, il sursaute lorsqu'un garde désabusé ouvre brusquement le panneau coulissant placé à hauteur de visage. La lanterne brandie par le garde, n'éclairant l'étranger que par l'étroite ouverture, suffit néanmoins à révéler un visage en partie couvert de vieilles cicatrices de brûlure.
 
Le jeune homme grimace, tâchant de faire bonne mesure malgré le contexte lugubre. Il resserre son manteau sur lui.

— Bien le bonsoir, monsieur. Je suis un médecin itinérant qui cherche un abri pour quelques temps. Je ne compte pas faire d'histoires. Qui s'occupe des papiers d'entrée, maintenant ? Où dois-je faire ma demande ? Je n'ai vu ni entendu personne pour m'aider. Je n'ai pas grand-chose sur moi mais je peux me fendre de quelques pièces, ou mieux : soigner ceux qui en auraient besoin, à l'auberge.
Simon de Windt
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Posté le 11/09/2022 à 22:33:14 

Il avait quitté sa chambre d'un bon pas au matin, descendant l’escalier de l’auberge pour trouver la grande salle déserte ou presque. Il n’y avait qu’un seul autre voyageur notable, un espagnol avec qui il avait brièvement pu sympathiser. Même les nécessiteux à soigner se faisaient rares. Il avait passé la journée là, accueillant de trop rares patients pour quelques piécettes.
 
Il avait atterri à l’auberge très tard la veille, muni de papiers à l’authenticité douteuse. Il n’était même pas sûr qu’ils soient en règle, fournis par un garde au regard fuyant. Même le tampon était plus baveux qu’à l’ordinaire, et il était certain qu’il y avait des fautes d’orthographe. Il posa les doigts sur l'amulette passée dans le col de sa chemise comme il avait pris l’habitude de le faire, y puisant du réconfort.
 
Trop appuyé, ce silence constant finissait par devenir lugubre, presque de mauvais augure. Par acquis de conscience, il paya généreusement le tenancier au moment de partir : dans le plus pur style briton, la nourriture était immonde mais la bière, elle, était proprement excellente. Quant aux lits, ils étaient tout juste corrects, mais cela ne l’empêcha pas de féliciter son hôte par souci de politesse.
 
— Excusez-moi, mais il n’y a personne ? se décida-t-il à demander après avoir réglé la note.
 
— C'est la guerre, fit platement l'aubergiste en essuyant ses verres, ou c'est tout comme. 'Sont au front, je gage. Ça bataille dans les avant-postes.
 
— Je comprends. Je vais vous quitter dès aujourd’hui, alors. Je comptais réserver une chambre pour mon retour, mais est-ce bien la peine… ?
 
— Pour être franc avec vous, pas vraiment, non. J’ai toujours de la place depuis quelque temps. Et vous allez où, du coup ?
 
— Au vieux manoir en ruines, au nord. Le temps de quelques jours.
 
— Ah ! Faites gaffe, ça grouille de fantômes.
 
— Ça devrait aller, je commence à avoir l’habitude, fit le jeune homme en jetant un dernier regard dans la salle désespérément vide avant de partir d’un bon pas, laissant le tenancier perplexe devant cette remarque pas si sibylline que ça.
Simon de Windt
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Posté le 17/09/2022 à 13:28:12. Dernière édition le 17/09/2022 à 21:20:30 

Simon franchit à nouveau la porte du pub, sale et accablé de fatigue, des bouts de toiles d'araignée poussiéreuses encore accrochées à ses vêtements. La plus importante des auberges de la ville n'était qu'à peine plus peuplée qu'à l'aller, et l'un des rares clients n'était nul autre que le sieur Jocard, qui n'avait pas l'air d'avoir bougé d'un pouce depuis tout ce temps.

Le jeune médecin lui adressa un sourire en se hissant sur un tabouret, près du comptoir, réclamant à boire et à manger d'une voix chuintante au propriétaire des lieux. Le tenancier, souriant lui-même platement sous sa moustache d'une expression qui tenait plutôt du rictus, lui tendit une assiette de ragoût indéfinissable.

— J'imagine que ça n'a pas changé, personne ne cherche un médecin ? s'enquit le visiteur en plongeant sa cuillère sans conviction dans la nourriture gélatineuse.

— Pas à ma connaissance, mais vous pouvez toujours vous afficher sur la grand'place. Y veut reprendre une chambre pour la nuit ?

— Finalement, non. On va m'attendre ailleurs. Je repartirai dans la soirée.

Son interlocuteur haussa les épaules.

— Comme vous le sentez. Du coup, il va falloir payer de suite pour la graille.

La main impérieusement tendue, paume en avant, il se mit à attendre les quelques piécettes que valaient sa tambouille. Simon tâtonna longuement à sa ceinture, sans succès. Ses doigts s'agitaient dans le vide. Les sourcils froncés, il se tortilla sur son siège et pencha brusquement la tête. Ses yeux mirent quelques secondes à réaliser que sa bourse ne se trouvait plus à sa hanche, et son cœur loupa un battement avant qu'une profonde lassitude ne l'envahisse.

— …Vous prenez les couronnes ? demanda-t-il, consterné.
 

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