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[Concours RP] Amertume  
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Gemini
Gemini
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29/02/2012
Posté le 17/05/2020 à 12:02:53 

Le concours est ouvert. Vous avez jusqu'au dimanche 7 juin au soir pour poster (soit 3 semaines en tout).

Tout ce qu'il y a à savoir pour participer est écrit ici dans le tout premier post (contactez-moi par MP si vous avez des questions) :

https://www.pirates-caraibes.com/fr/index.php?u_i_page=5&theme=1&sujet=33048&u_i_page_theme=1

Bonne chance !
 
 
 
Rodrigo
Rodrigo
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28/06/2007
Posté le 19/05/2020 à 15:43:09. Dernière édition le 19/05/2020 à 15:43:54 

"l'Amertume
Amère, je hume,
chaque brise, depuis l'écume,
Hantise des jours de brume,
Rappelle ce que nous fûmes,
Appelle l'oeuvre posthume,
Nous fûmes ce que nous pûmes,
Nous bûmes avec et pour l'Amertume,

Tu me rends à mère,
M'eu et mer a
Toujours, Océan
Amertume,
Amère et hume
Toujours, éternel recommencement,

Nous bûmes avec et pour l'Amertume,
Nous fûmes ce que nous pûmes,
Appelle l'oeuvre posthume,
Rappelle ce que nous fûmes,
Hantise des jours de brume,
chaque brise, depuis l'écume,
Amère, je hume,
l'Amertume."
Santi
Santi
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08/03/2019
Posté le 22/05/2020 à 12:55:46 

Je me réveille et je crie.
Je me réveille et je crie.
En sueur. En sueur sur la pierre froide. Il fait noir. Seul un rai de lune éclaire ma cellule à travers les barreaux de la lucarne qui me sert d'échappatoire.
Merde. Merde. Merde.
C'est le grand jour. Le dernier. Le dernier de cette putain de vie où dans une poignée d'heures je sentirai la corde rêche enlacer mon cou, mes doigts de pieds à travers mes bottes faire des pointes pour garder encore quelques instants un contact avec un tonneau synonyme de quelques secondes supplémentaires de vie.
A quoi bon ? Je suis seul. Je vais mourir seul. Ils m'ont tous abandonné les uns après les autres. Je suis le dernier. Lâcheté et Trahison.
Je ne regrette rien, si c'était refaire, j'aurais... Foutaises ! Je vacille, entre rancœur et nostalgie, entre remords et regret.
Je me réveille et je crie.
Je me réveille et je crie.
En sueur. En sueur sur la pierre froide. Seule la torche du geôlier éclaire le cachot me ramenant à une réalité funèbre indifférente devant mon ressentiment et mon amertume.
Merde. Merde. Merde.
C'est le grand jour. Le dernier. Le dernier de cette putain de vie que j'aurais pu mener sans violence, pillage et duperie. Sans fortune et sans gloire.
A quoi bon ?
Elijah
Elijah
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21/11/2018
Posté le 22/05/2020 à 13:16:31. Dernière édition le 22/05/2020 à 13:17:49 

Amertume

De toute évidence plongé dans un profond sommeil,
immobile et ce malgré les flammes menants la danse.
Un rêve dans un rêve comme on en fait pas mille,
et pour seule attraction le goût désiré de ses lèvres.
 
Elle avance son visage tout en lévitation,
pour des choses murmurées à étroite distance.
La parfaite osmose à la saveur de rose,
d'une expiration longue et légère aux vertues secrètes.
 
Corps meurtri et membres en contraction,
ses yeux hypnotisés par sa présence lui sourient.
chair léchée mais non brulée par ce feu,
douleur de ses blessures s'évaporant dans les airs.
 
Sel de mer laisse place à la douceur,
d'un réveil soigné hors de ce ravissant enfer.
Une autre lune à passer sans son véritable éveil,
guéri peut être mais encore seul quelle amertume.
Mieke Maartens
Mieke Maartens
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19/10/2010
Posté le 24/05/2020 à 08:24:51. Dernière édition le 24/05/2020 à 08:47:54 

Elle était belle, ses cheveux brillaient de mille feux sous le soleil des tropiques, son charmant sourire retenu marquait toute la grâce qui l'habitait et ses gestes étaient aussi doux qu'un rêve éveillé.

Je l'avais repérée des mon arrivée sur Liberty et ce fut ce que les livres de salons appellent le coup de foudre. Je me souviens être descendu de mon vaisseau et, en chemin vers la capitainerie, d'avoir croisé la belle qui s'en allait chercher de l'eau a la fontaine. Je m’étais stoppé net a sa vue et m’était tenu la au milieu du chemin, tout penaud, a la regarder de loin, tout le long sans bouger, sans mot dire, sans oser l'accoster, moi qui suis d'habitude bien plus sur de moi.

Malheureusement, elle ne me remarqua jamais, ou en tout cas ne m'avait-elle donné aucun indice en ce sens malgré la montagne de bijoux, d'or et autres cadeaux que je lui destinais régulièrement, préférant jeter son dévolu sur un pathétique corsaire sans lignage, sans argent et sans classe...

Aujourd'hui, je suis mort et mon âme semble coincée entre deux mondes. La plupart de mes souvenirs ont disparu. Mais pas ceux-ci, qui semblent être les derniers liens entre le tumulte de mes souffrances passées et la douceur du Néant libérateur.

Ho Marieke, belle Marieke, comme j'aurais aimé ne jamais t'avoir croisée ce jour la.
Sita LeRoy
Sita LeRoy
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15/07/2006
Posté le 29/05/2020 à 19:01:02 

Extrait de la vie d'une femme

24 Mai 1707

 "Gardez-vous de rien entreprendre qui puisse plus tard vous causer des regrets."(proverbe latin)

Ching Shih, Générale de l'armée Anglaise se trouvait dans un lit d'hôpital. A New Kingston avec Slaughter son ami, médecin personnel et confident présent à ses côtés. Ce dernier lui tenait la main, la regardant avec tristesse.

La veille en pleine guerre contre la Hollande, le campement dans lequel elle se trouvait avait été attaqué par quelques Français, dont le gouvernement. Jean François de Montecroix, un redoutable escrimeur ainsi que d'autres bretteurs s'étaient acharnés sur elle, l'une des meilleures combattantes Anglaises de l'époque, pour en venir à bout. de Montecroix avait apporté le coup fatal, celui qui l'amena à l'hôpital et qui changea sa vie.

 - Lorsque vous êtes arrivée à l’hôpital, le Médecin a tenté de vous opérer d’urgence pour refermer votre peau, mais votre hypoderme était touché…il n’a…il n’a rien pu faire… vous avez perdu votre bébé.

Ching abasourdie, serra la main de Slaughter, la broyant au passage. Le vide se fit en elle, puis elle hurla soudainement! Elle poussa un cri, long, aigu décrivant son désespoir… Slaughter la prit dans ses bras, ne sachant que faire pour la calmer. Ses yeux s’humidifièrent et, ne pouvant se retenir, ne le voulant même, elle fondit en larme. Son enfant n’avait pas été désiré mais alors qu’elle le portait, un amour indiscutable s’insinua en elle pour ce petit être. Certes elle n’était pas prête, certes elle aurait eu des difficultés pour l’éduquer, mais elle n’aurait pu l’abandonner. Certes son couple n’était pas stable mais avec l’aide de Jovic, elle aurait su fonder un véritable foyer ou il faisait bon de vivre… Alors que ses dernières larmes s’estompèrent, elle s’en prit à elle-même. Pourquoi avait-elle été aussi têtue ? Pourquoi n’avait-elle pas suivi l’avis de son médecin, de ses amis, de Slaughter et de Jovic ? Elle qui venait il y a peu de parler à Dudu concernant sa grossesse, elle se trouvait maintenant bien sotte ! Sa nation ? Oui sa nation était importante à ses yeux, elle méritait qu’on se batte pour elle mais payer le prix de sa loyauté en perdant son enfant était un prix trop grand à payer ! Elle aurait dû faire plus attention pour celui qui sommeillait en elle. Maintenant il était trop tard. Le choix du destin s’était abattu. A croire qu’il fallait perdre une part de sa vie pour pouvoir enfin ouvrir les yeux sur le monde dans lequel ils vivaient.


23 Novembre 1708

"Mon paradis sur terre serait de vivre avec toi; cent ans ne sont pas assez, il nous faut l'éternité. Être ensemble, le matin, le soir, à toute heure; t'enlacer, te chérir, te protéger, t'aimer, c'est pour ces années à venir mon unique projet. Vivre avec toi, toi, mon trésor, mon bonheur, mon tout... mon amour." ( Maxalexis)

Ching, sur le pont d'un navire, regarda la côte de Liberty faire place peu à peu à l'immensité de l'océan. Dans un état agité, elle se posait un tas de questions qui malheureusement resteraient sans réponse. La plus grande de toute : avait-elle bien fait de quitter l'île ?

Perdue dans ses pensées, elle sentit plus qu'elle ne vit la main de Terra rencontrer la sienne. L'asiatique se sentait en sécurité avec la Hollandaise. Très peu de gens étaient au courant de leur amitié. Les deux femmes, de nations différentes, avaient appris au fil du temps à s'apprécier à leur juste valeur. Quand Ching avait pris connaissance de sa grossesse, elle avait fait appel à cette dernière. Après sa première fausse couche, et au vu de sa situation actuelle, et le lynchage qu'elle avait subi suite à sa décision de Gouverneur de retirer la nationalité Anglaise à un multi récidiviste notoire, Ching avait craint pour sa vie. A juste titre d'ailleurs puisque la guilde des MaNo l'avait agressée dans la chambre d'hôte qu'elle occupait avec son amant Français. Après des semaines à sortir des radars, fuyant la vie publique, Ching devait se faire une raison. Elle ne sera jamais en sécurité ici. Un autre regret qu'elle aura à porter sera celui de ne pas avoir dit au revoir à ses amis et d’être partie sans Luun, sans lui dire pour cette soudaine grossesse.

Le retour sur le continent fut difficile, le bâtiment traversa tempête sur tempête. La houle était vigoureuse et les deux femmes furent malade assez rapidement. Lors d'une nuit, Ching fiévreuse et à jeun depuis plusieurs jours, se réveilla en sursaut suite à une douleur aiguë et intense. En regardant, épuisée, elle découvrit une trace de sang sur ses draps et paniqua, appelant Terra d'une voix éteinte. La suite, entre malaise et douleur, ne fut que torture. Elle comprenait ce qu'elle avait encore une fois à traverser. En sueur, clouée au lit, entre deux phases d'inconsciences elle pensait à son mauvais sort et au destin qui semblait s'acharner sur elle. La vie était-elle si difficile pour tout le monde ? Certains semblaient glisser avec aisance dans les turpitudes de la vie, tandis que d'autres devaient en subir les affres aux quotidiens. La vie était injuste et depuis son enfance elle avait l’impression d'un véritable poids sur ses épaules. Cela lui semblait partial.


Lorsqu'elle se remit sur pied, la fièvre et la maladie passées, Ching devient apathique. Assise toute la journée sur un fauteuil dans sa cabine, tous les trésors d'énergie que pouvait déployer Terra la laissait de marbre. L'asiatique la laissait juste la trainer une heure par jour sur le pont, afin de respirer un air frais et venteux rempli d'odeur saline. La bouche close, le regard terne, une fois encore la jeune femme s'accablait de reproche. Quitter Liberty pour protéger son enfant à naître, le voilà comme son ainé perdu à jamais. Après de nombreux jours sans bouger ou presque et pour oublier l'espace de quelques heures sa douleur, elle en vient même à arracher les bédos confectionnés par les mains agiles de son amie et à les fumer avec envie car elle savait qu'une sérénité précaire mais réelle s'insinuerait en elle lorsque les effets commenceraient à agir. La hollandaise la laissa faire, estimant que c'était déjà un petit progrès, mais les jours puis les semaines passèrent, et arrivant enfin à Amsterdam, l'état psychologique de Ching ne s'était pas amélioré. Cette période dura longtemps, et c'est finalement grâce aux soins quotidiens et bienveillants de son amie, qu'elle finit par reprendre pied.

La perte de son premier enfant la fit sortir de la jeunesse, sa seconde perte cassa irrémédiablement quelque chose en elle : sa joie de vivre.... et il lui faudra un moment, avant de retrouver suffisamment de sérénité pour aspirer au bonheur, qu'elle trouva quelques années plus tard, en Chine.


10 Février 1720

"A vingt ans, l'amour est inconditionnel, irraisonné, passionné. On le croit éternel, on n'imagine pas qu'il puisse s'arrêter. Les certitudes sont vissées au corps, les promesses s'additionnent aux projets. Le seul moyen de connaître l'amour inconditionnel sur cette terre, ce n'est pas de l'attendre, c'est de le donner." (Le premier jour du reste de ma vie (2015) de Virginie Grimaldi)

Pendant que Voynich s'occupait des enfants et tandis que Snake préférait rester dans son coin, à l'abri de la marmaille, Dulcina et Ching étaient confortablement installées dans l'avant-poste anglais. Loin des oreilles indiscrètes, les jeunes femmes échangèrent sur leur vie passée afin de rattraper le temps perdu.

L'asiatique lui raconta les raisons de son départ de l'île, sa fausse couche, les mois d’égarements puis son premier travail de diplomate à la cour de France. Enfin, l'éternelle baroudeuse arriva au moment de son départ d'Europe, ses adieux avec son amie hollandaise et le grand départ pour une nouvelle contrée en Asie.

La nipponne souhaitait découvrir une autre culture et la Chine lui tendait les bras. Ses pérégrinations l'amenèrent dans une ville modeste et de là elle débuta son voyage le long de la côte, traversant de petits villages et un certains nombreux de forêt de bambou, qui lui rappelèrent avec nostalgie sa patrie d'origine. Après plusieurs mois d'errance réalisé aux gré de ses envies, elle découvrit un groupe de villageois dans une de ces fameuses forêts si chéries. A l'écart, à moitié cachée elle les observait silencieuse. Un homme retient particulièrement son attention : grand, une carrure élancée, un charisme et un magnétisme déjà papable depuis la distance qui les séparaient. Ching, sous le charme, rougit soudain.

L'homme, semblant diriger le petit attroupement, la repéra. Il se dirigea vers elle, lui criant à moitié des choses qu'elle ne pouvait comprendre, car en dehors de terme élémentaire afin de se faire comprendre pour sa subsistance, elle ne parlait pas un traite mot de chinois ! Il dût la prendre pour quelqu'un d'autre car il l'amena à grand pas vers un lieu et lui remit une arme dans la main. Apparemment il voulait qu'elle fasse comme d'autres, couper des rondins. Déjà il se détournait d'elle pour vaquer à ses propres occupations. Amusée par la situation, elle fit ce qu'on attendait d'elle, au moins elle pouvait espérer le gîte et le couvert pour la nuit.

Après un temps de travail non négligeable il se passa deux choses. Tout d'abord, Ching fit une pause pour s'hydrater grâce à une gourde qu'un homme lui tendait. Se faisant, elle défit son couvre-chef pour s'humidifier et se rafraichir le visage. Elle surprit le regard du bel homme, qui semblait estomaqué de surprise. Fronçant les sourcils, elle se souvient tout à coup qu'elle avait fait le choix à son arrivée de se vêtir à la mode locale, mais avec des effets masculins plus pratiques à l'usage d'une longue marche. Puis, réalisant son erreur, le chinois vit un nouveau groupe se présenter à lui. La lumière se fit alors : la personne qu'il avait amené faire des travaux manuels destiné aux hommes était en réalité une femme doublée d'une inconnue. Penaud et soudain timide, à la limite de la confusion, il s'avança vers elle une main, repoussant ses cheveux, et engagea la conversation. Il se rendit rapidement compte que Ching était une étrangère qui ne faisait que baragouiner quelques mots. A force de mots simples et de gestes, il lui proposa de l'amener dans son village et la japonaise accepta. Elle fut présentée au chef du village, et découvrit bien vite que l'homme qui lui plaisait tant était son fils.

Étrangement, elle ne repartit plus du village et le 14 mai 1713 elle se maria avec Li wu. De leur union naquit deux ans plus tard le petit Liang et pendant 5 ans pas une ombre sous le soleil. Enfin... en dehors de quelques tensions avec la belle famille, évidemment !

Tout en racontant la partie de sa vie ou elle avait enfin connu le bonheur d'être aimé, et d'aimer d'un amour inconditionnel, ses yeux trahissaient la félicité de l'âge d'or qu'elle avait vécu là-bas. Puis, Dulcina constata un changement d'expression, l'asiatique commença à parler avec précipitation et désarrois. Ching raconta à son amie la rébellion de son mari face à l'injustice de la taxe locale et sa capture. Il fut torturé en place publique. On lui infligea devant ses propres yeux et ceux de son fils la bastonnade, la brandilloire et enfin la pendaison qui mit fin à ses souffrances. Des heures de calvaires insoutenables pour l'homme, son épouse et son fils dont l'insouciance parti bien trop tôt. La japonaise serait bien intervenue, mais Li lui avait fait promettre de n'en rien faire, pour ne pas laisser le petit orphelin. C'est les yeux révoltés et emplis d'une souffrance difficilement contenue qu'elle expliqua ses fautes et regrets à l'anglaise.

Spoiler
Musique thème : https://www.youtube.com/watch?v=4HJxU8dhyCk  (ce clip a été choisi pour l'histoire qu'il raconte. Attention aux oreilles à la fin : ça peut surprendre )

Cette dernière la prit dans ses bras, exprimant son empathie et demanda des renseignements sur son fils. Ching lui apprit que la mort de son époux avait eu lieu il y a de cela deux ans, que le petit avait maintenant 5 ans, et se trouvait avec son grand père, Feng Wu, le chef du village. Avant son départ pour Liberty, la nippone voyait de moins en moins son fils. En tant que mère, le droit des femmes n'existait pas en Asie, et c'était au chef de clan d'éduquer l'enfant pour qu'il puisse ensuite prendre sa suite.

En somme, à l'heure actuelle, Ching était résignée par son sort et très clairement abattue. Les propos de son amie qui tentait de l'aider l’agacèrent quelque peu. Dulcina pensait en femme libérée de tout joug, la place des femmes sur l'île était avant-gardiste, mais par-delà le monde la place de ces dernières se résumait à la tenue de la maison et à l'enfantement. En vivant trop longtemps ici, elle l'avait sans doute oublié. Ching détourna l'attention d'elle et se fut au tour de Dulcina de raconter son passé.


Mars-Avril 1720

"L'amour d'une mère pour son enfant ne connaît ni loi, ni pitié, ni limite. Il pourrait anéantir impitoyablement tout ce qui se trouve en travers de son chemin." (Agatha Christie)

La pensée fut insidieuse, Ching n'aurait su se rappeler du jour où elle avait commencé à réfléchir de nouveau en femme libre de ses choix. Mais voilà, la chose était venue et avec elle, la rage et la révolte. Elle ne laisserait personne dicter sa conduite et ses actions. Elle était mère et il était hors de question pour elle de vivre sans son fils, et de le laisser à Feng. Ce dernier avait perdu son fils, soit ! Mais ce n'était pas une raison pour lui voler le sien. Son ressentiment, papable mais enfoui au plus profond d'elle, s'était maintenant libéré et avait éclos en elle avec une puissance dévastatrice.

Li et Gothor, Gothor et Li. D'un côté son fils, de l'autre son nouvel amour. Devait-elle choisir entre sa vie de mère et sa vie de femme ? Le destin était-il si cruel ? Bien décidée à récupérer son fils, l'écossais était entré dans sa vie d'une façon bien improbable mais pourtant réelle. Devait elle abandonner tout espoir d'une vie heureuse conciliant ces deux êtres ? Un voyage de plusieurs mois pourrait bien sonner le glas de cet amour naissant. Y aurait-il un autre moyen ? Avant d'abandonner et de prendre un navire, il fallait qu'elle sache. Il y avait des sorciers sur cette île, peut-être pourraient-ils l'aider dans sa démarche ? Le prix à payer serait-il dans ses cordes ? Elle devait se renseigner pour en avoir le cœur net !


18 Mai 1720

"Soit on a vaincu ou soit on est vaincu par l'amertume de sa propre histoire."(Claudemay)

Dans ses pensées contemplant le vide, une lueur de rage dans le regard, Ching réfléchit :

Non mais qu'est-ce que je fais là ? Voilà à quoi ont servi ces heures de palabres avec l'intendant Français ? Lui qui garde le silence depuis bientôt une semaine, ne répondant à aucune de mes missives. Je comprends mieux maintenant, il se payait ma tête ! La vie est un éternel recommencement, et franchement ce soir, sur ce foutu lit d'hôpital, je me demande ce que je fais ici, sur cette île.

Ching rageuse, bouillonnant sur son matelas défraichi, ressemblait à une lionne en cage. L'asiatique ressassait les derniers jours avec un fort ressentiment. Pour ne pas laisser sa haine la consumer entièrement, elle s'installa sur le sol dès que ses blessures furent examinées et pansées. Tous les matins elle commençait sa journée par de la méditation. La concentration que cela lui demandait lui était bénéfique, et cela lui permettait également de se centrer sur elle-même. La prise de conscience de son corps et de sa respiration l'aidait à faire le vide, tout en réalisant les choses qui étaient importante à ses yeux ainsi que prendre du recul sur le reste. Ouvrant les yeux après sa séance, les gens aux alentours pouvaient y percevoir une lueur de tristesse. Elle pensait à la vie qu'elle avait vécue, ces jeunes années sur Liberty et les nombreux regrets qu'elle avait à trainer dans son sillage, ce poids qu'elle portait et qui affaisser ses épaules.

Il y a de cela des années, elle avait fait passer sa nation avant sa propre vie et celle de son enfant à naitre. C'était une erreur, la sienne, celle qu'elle ne pourrait jamais se pardonner. Puis, elle s'était enfuie de l'île en espérant sauver le second. Une nouvelle faute, de nouveau impardonnable. Pour alléger son fardeau elle en était venue à penser qu'elle n'en était pas la seule responsable, mais que l'île maudite s'acharnait sur elle comme sur bien d'autres. A présent, alors qu'elle n'aurait dû se soucier que de son enfant bien vivant et bien portant, la voilà élue représentante de l'Angleterre et en proie à une possible guerre ouverte avec la France. Ce conflit la fatiguait par avance, et surtout, était-ce important au fond ? La nature de l'homme étant ce qu'elle était, impropre au changement et à l'évolution, à quoi bon perdre son temps et son énergie inutilement ? A mille lieux de son enfant, Ching pensait à lui ce soir, et à quitter ceux qu'elle aimait pour le retrouver et le protéger au mieux. Après tout, c'est tout ce qu'une mère devait ressentir et espérer, pas vrai ?

Une perte de repaire, l'absence d'un homme et d'un fils pesait ce soir lourdement dans le cœur de Ching Shih. Ce soir la nipponne était découragée, et entre révolte et résignation, il n'y a qu'un pas. Le cœur et la raison oscille entre les deux, pour bien souvent n'y laisser qu'une saveur amère...

Gemini
Gemini
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Posté le 31/05/2020 à 17:59:45 

[UP ! Il vous reste une semaine avant la clôture du concours.]
Don Djezous de las Galinas
Don Djezous de las Galinas
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Posté le 02/06/2020 à 11:40:18. Dernière édition le 03/06/2020 à 00:36:56 

Ile de Liberty, dans un futur plus ou moins éloigné...
 


Le portail du poulailler s'ouvre lentement dans un long grincement désagréable durant lequel le temps semble s'arrêter. Une silhouette s'avance le pas lourd, la mine défaite. Par le poids de l’âge mais surtout par le poids des évènements.
L'homme marche en zigzag, sans réel but, comme une poule sans tête qui tente un dernier baroude d'honneur...
Il porte à bout de bras un énorme sac semblant contenir de nombreux éléments, qu'il dépose délicatement au sol. Les gens l'ayant vu passer ont dû se dire qu'il revenait d'un nouveau ravitaillement en denrées précieuses. 
 
Debout, planté en plein milieu tel un épouvantail, sa posture lui rappelle le jour où il avait révélé son identité et annoncé son retour sur Liberty, à l'exception près que cette fois ci, ses poules ne le rejoignent pas et restent à distance raisonnable, le dévisageant comme un vulgaire inconnu.
 
Un inconnu...
 
C'était finalement ce qu'il était devenu à ses yeux au fil des mois.
Il avait changé, lentement mais surement. Lui si doux et agréable à l'époque n'était devenu qu'un être odieux rongé par l'aigreur.
Cette tristesse constante et durable qu'il ressentait, mêlée de rancœur portait un nom et l'avait habité durant ces derniers mois... Peut-être même années. Mais il n'arrivait plus à mettre un mot dessus. Son esprit s'était embrumé, il n'arrivait plus à réfléchir sereinement.
 
Il était revenu sur cette île pour une raison bien précise. Retrouver ses deux filles jumelles, Melocoton et Manzana. Elles avaient fui leur habitat suite à un énième conflit familial dont l'éleveur était pleinement responsable. Il avait tout mis en place pour retrouver les indices de leur passage sur cette ile. Il en était convaincu et il avait eu le nez creux. Les registres ne mentent pas...
Jamais...
 
Un passage par Esperanza... Rien de surprenant...
Puis un exil vers New Kingstown... Hum... Plus étonnant...
 
Malgré les nombreuses personnes interrogées, personne ne se souvenaient d'elles. Elles avaient pourtant le caractère bien trempé de leur mère, elles n'auraient pas dû passer à ce point inaperçu...
Quelque chose clochait dans toute cette histoire et il craignait qu'elles n'aient quitté l'ile précipitamment, pour deux raisons.
La première parce qu'il aurait perdu un temps précieux sur cette île. Il avait pu accumuler une certaine richesse qu'il dépensait quasiment intégralement pour payer des indics ou obtenir des informations sans importance. Il avait même engagé quelques enquêteurs pour dénicher la trace de ses filles... Sans succès. Il s'était surement fait berner comme il avait pu berner d'autres personnes. 
La seconde car cela signifiait qu'il s'était trompé...
Encore... 
 
Un battement d'aile d'une poule allant casser la croute le sort de sa rêvasserie. Il porte un regard sur le sac et à ce moment très précis, il en veut à la terre entière.
Mécaniquement, tel un robot, il agrippe une pelle et commence à creuser, minutieusement.
Pelletée après pelleté, un trou commence à se former.
Il place délicatement le sac au fond puis entame le travail inverse.
Pelletée après pelleté, le trou finit par se reboucher. 
 
 
Durant ce labeur, il repense à cette découverte quelques heures auparavant :
De fil en aiguille, d'indices glanés en langues qui se déliaient, il s'était retrouvé sur ce petit lopin de terre qu'il aimait tant avec son épouse puisqu'il avait vu naître leur idylle.
Il avait raconté à plusieurs reprises à ses filles l'histoire de leur rencontre sur Liberty ce qui avaient le mérite de leur mettre des étoiles plein les yeux. L'histoire était belle. C'était d'ailleurs, selon lui, une des raisons de leurs venues ici...
 
On lui avait dit de creuser à cet endroit sans savoir ce qu'il trouverait. Rapidement, un pendentif apparu enterré, puis un second... Le premier d'une couleur verte émeraude comme les yeux de Manzana, le second d'une couleur orange comme ceux de Melocoton...
 
La panique s'empara de lui.
Il se mit à genoux puis il creusa. Frénétiquement. A deux mains.
Respiration saccadée. Entrecoupée de sanglots.
Les mains en sang. Mais il continuait de creuser. Encore et encore.
 
Plusieurs longues minutes plus tard, il stoppa net et vit des ossements.
Un fémur... Un cubitus... Un crane... Puis deux...
 
Il comprit...
 
Un sentiment de vide abyssale s'empara de lui. Il se redressa quelques instant, tête orientée vers le ciel, implorant une quelconque divinité ou force supérieure en qui il ne croyait plus.
 
- "Pourquoi?", murmura-t-il avant de se mettre à pleurer.
- "POURQUOIIIIIIIIIIIIIIIII ?", se mit il alors à crier de rage et à répéter à de nombreuses reprises, le cœur lourd de l'injustice dont il s'estimait la victime.
 
Il était resté longuement devant la dépouille de ses filles et avait décidé de les rapatrier chez elle...
Chez lui... Dans son poulailler.
 
 
Le trou est désormais totalement rebouché. L'homme est allongé à plat ventre, embrassant le petit monticule permettant de reconnaitre l'endroit de la sépulture.
Des larmes coulent de ses yeux.
Du sang coule à nouveau de ses mains meurtries.
Les poules s'approchent délicatement, inquiètes et curieuses dans un concert de gloussements étranges et effrayants.
Petit à petit, elles se rapprochent pour finir d'encercler leur éleveur. L'une d'entre elle arrive au contact et vient picorer le bout de la main ensanglantée, surement pour lui apporter le réconfort qu'il mérite se dit-il naïvement.
Puis les coups de becs s'intensifient entrainant un cri de douleur de l'espagnol. Ses congénères s'approchent alors de plus en plus.
Il se redresse d'un seul coup et entame un recul de quelques pas en fronçant les sourcils, sans succès. C'est trop tard. L'étau se resserre. Il est pris au piège.
Un gloussement pour signal d'attaque et une nuée de gallinacées se ruent sur le pauvre homme qui tente désespérément de se défaire de celles qui furent jadis ses petites protégées.
Impossible de s'échapper, il vacille puis tombe lourdement, la nuque sur le petit monticule qu'il venait de terminer.
 
Son père lui avait souvent rappelé une règle d'or. Ne jamais se blesser dans un poulailler.
Jamais...
 
Meurtri par les lames acérées que représentent les nombreux becs s'affairant sur sa carcasse, l'homme semble résigné. C'est peut-être finalement mieux ainsi...
Des lambeaux de chair se détachent de ses bras, de ses jambes et de son visage provoquant une souffrance telle que ses hurlements n'arrivent même plus à sortir de sa gorge.
C'est le visage orienté vers le ciel, un sourire béat, que l'existence de Don Djezous est en train de prendre fin.
Un goût de fer vient aiguiser ses papilles. Du sang commence à sortir de sa bouche dans un gargouillis digne d'une plomberie mal entretenue.
Paradoxalement, pour la première fois depuis bien longtemps, l'homme est heureux.
 
Heureux car il ne ressentira plus ce sentiment d'amertume qui le bouffait.
Heureux car il va retrouver ses filles.
Heureux car il va terminer sa vie à leurs côtés.
Heureux car il n'aura pas à vivre avec le poids et la responsabilité de la perte de ses deux enfants.
 
Il existe un mot pour dire qu'on a perdu un parent.
Il existe un mot pour dire qu'on a perdu un époux ou une épouse.
Il n'en existe aucun pour dire qu'on a perdu un enfant.
Aucun mot ne désigne cet état...
 
Anne Providence
Anne Providence
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Posté le 03/06/2020 à 01:48:14. Dernière édition le 03/06/2020 à 08:39:25 

Un perroquet porteur de nouvelles. La Tigresse tend la main en récupérant le message.


"Je me souviens ...

Ca fait un moment maintenant mais t'etais venue me dire au revoir ou peut etre adieu je sais plus

Tu te souviens ce que je t'ai dit?

Je dis jamais adieu mais a la place ...

Du coup ...

Bon vent Annette !

Rider"

Même non signé j'aurai reconnu l'auteur du message. Rider, c'est bien le seul à m'appeler Annette. Et oui je me souviens quand je pensais quitter Liberty pour ne plus jamais y revenir.

Le message est mystérieux étrange, et sonne comme un adieu non prononcé mais bien écrit. Qu'est ce que j'ai manqué comme fait notable dernièrement ? Une enquête sur l'île ne me rapporte que peu d'indices, il n'est plus là, il a fait ses adieux à certains mais pas tous et n'a donné aucune explication. Rider quoi.

Étrange, je milite pour le départ des corsaires de Liberty depuis des années et quand un le fait je suis.... Je suis quoi d'ailleurs ? Satisfaite.

Mais là, je suis ... dépitée ?

Rider, le pote de Kurota. Ni ami, ni ennemi. Quoi alors ? j'en sais rien. Je ne suis pas certaine que je sache dans quelle catégorie le ranger, pas même dans les amants même si j'aurai bien voulu. Mais je suppose que le fantôme de Kurota restera toujours entre nous. Bon ma collection d'amants aussi d'ailleurs. Et sans doute autre chose, d'indéfinissable, par ce que c'était moi et par ce que c'était lui. Cela ne s'explique pas, c'est mystérieux.

Je hausse les épaules.

Amusant quand même, le nombre de fois où j'ai squatté sa piaule à Ulungen. Qu'il y soit ou pas...

Nous avions même passé une nuit ensemble dans la tente de l'aventurier. Ensemble... dans la même tente quoi. Pas un rencard, une rencontre providentielle. Que nous sommes nous dit je ne sais plus.Ou je ne préfère pas me rappeler. Quand la nuit est tombée j'ai pleuré et je sais bien pourquoi, sans témoin en silence.

Mais Rider l'avait senti, j'ai appris ce jour là que les larmes avaient une odeur...

Salaud...

J'apprécie de pouvoir estimer mes adversaires et Rider rentrait clairement dans cette catégorie, comme Rohel...

Rider mon gros qu'est ce qui t'arrive ? Et qu'est ce qui m'arrive ? Même ma fâcherie avec El Renat ne me met pas dans  cet état !

10 ans plus tôt, tu ne m'avais pas dit adieu, tu m'avais dit bon vent et aussi ne perd pas la tête !

Alors mon gros revient mais sans Azorif, faut pas déconner... Perds pas la tête...

Rider... J'ai pas les mots. Et je ne dirai rien à personne.
Madre Anna
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Posté le 03/06/2020 à 10:00:35. Dernière édition le 03/06/2020 à 12:58:11 

Le texte qui suit a été inspiré de très loin par cette photographie, de l'artiste canadienne Dina Goldstein, dans la série Fallen Princesses. (j'ai fait 2 post pour des raisons pratiques d'insertion de l'image, c'est tout)
Vous pouvez cliquer sur le lien sous la photo pour la voir non déformée, en compagnie de ses semblables.
https://www.dinagoldstein.com/dina-goldsteins-fallen-princesses/

Madre Anna
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Posté le 03/06/2020 à 10:02:12. Dernière édition le 03/06/2020 à 12:58:30 

L'amertume du café brûlait la gorge de la vieille femme. Poids sur l'estomac. Brûlures acides du passé qui régurgite des souvenirs, comme des bouffées nauséabondes.
Comme un lendemain de bal à New Kingston, autrefois. Pourquoi les bals étaient-ils toujours à New Kingston ? Le lustre de l'or et des frou-frous, qui masque les égoûts et les remugles de l'honneur déchu. Les grands mots sursoient au vide de l'esprit.
Le doigt de la femme dessine quelque chose sur la poussière de la table. Celui qui s'y pencherait y verrait peut-être une tête de mort.
Souhaite-t-elle la mort de ses ennemis, cette vieille ? On la disait sorcière, parfois. Les gens mouraient, parfois. Mais elle n'y était pour rien. Ou on ne pouvait pas le prouver, du moins. Souhaite-t-elle sa propre mort ? Elle l'attend peut-être. Elle espère attendre longtemps. Un sursis pour souffrir encore, pour durer, parce qu'elle s'en sortira, elle le sait, comme toujours. Peu importe dans quel état, elle est là, elle sera la dernière.
Elle est déjà peut-être la dernière. Toujours ces souvenirs. Un poète dirait qu'ils la hantent. Elle pense plutôt qu'ils sont là, ses seuls compagnons désormais. Ils sont là comme le cor à son pied gauche ou la vieille douleur à la hanche. Ils sont là. Ils sont elle.
Une nouvelle gorgée lui arrache un rictus. C'était Buddy qui lui préparait le café, avant. C'était Anne qui le renversait en tapant sur la table. C'était la fumée de la pipe de Max qui lui piquait les yeux. C'était l'odeur de la mer quand ils rentraient d'expédition. C'était le goût de la viande grillée après la chasse. C'était la vue du sang sur le champ de bataille. C'était tout ça, dans sa chair, dans ses cicatrices, et maintenant, une tasse à moitié vide sur une table poussiéreuse, dans un coin du bar de Jacquot, déserté lui aussi. Comment l'île avait-elle pu se vider ? Liberty était si belle autrefois. Une vie de début du monde, de début d'un monde, un chaos luxuriant et magnifique.

Et puis tout était parti, petit à petit. Des disparitions. Un mal mystérieux. Des êtres venus d'ailleurs, ou alors venus d'ici, ils étaient là, chez eux. Intrus, intrusion. Ce n'était pas notre monde. Chassés. Meurtris. Chassés. Blessés. Chassés. Chassés.
Pourtant c'était devenu le sien. Liberty était plus que sa maison, sa famille, son antre, sa grotte, son être cher. Alanis était morte d'être partie. Amaury était mort d'y être né. Elle était là. Elle était. Elle ne bougerait pas.

La vieille femme finit la tasse et se lève. Elle ne paiera pas son café à Jacquot. Ils ont longtemps joué le jeu tous les deux. Faire comme avant. La comédie. La boisson, une plaisanterie jetée à pleine voix comme si la salle était pleine, une pièce d'or et un « merci ». Maintenant ils ne se parlent plus. Plus la peine. Trop de temps. Chaque jour avant la fin. Recommencer. Boire le café des souvenirs. Regarder vers l'horizon. Chaque jour avant la fin. Chaque jour avant la fin.

Jusqu'à quand ?
Bougnette
Bougnette
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Posté le 06/06/2020 à 13:58:19. Dernière édition le 06/06/2020 à 15:45:13 

Je venais de passer à la maison prendre quelques affaires. Ça sentait la poussière et le renfermé. Mais avec tout ce beau monde qui revenait ces temps-ci, on allait rouvrir les portes de la maison des Pestes et T, recommencer.

En passant dans la ville, j'ai vu les gardes devant la planque de Rider.
Hum... qu'est-ce qui se passe ici ??

J'ai essayé de m'approcher, ils m'ont bloquée à l'entrée. J'ai commencé à crier pour l'appeler, pas de réponse.
Je n'aime pas qu'on ne me réponde pas...

J'ai commencé à me jeter sur ces gardes, pour passer en force.
Et là, le gouverneur est arrivé. Il m'a attrapée par le coude pour m'éloigner et me parler d'une sombre histoire de crime, qui était arrivé aux oreilles du gouvernement, là bas au pays. L'histoire avait fait un tollé, et la sanction était tombée.

Des mois d'emprisonnement.
Il se moque de moi ???
...

Non, apparemment il ne se moque pas.
J'ai eu beau essayer de comprendre, essayer de trouver une explication, implorer la clémence, rien n'y a fait.
Alors, j'ai essayé les coups et les balles, je me suis ruée sur eux pour les empêcher de l'emmener.
Mais rien n'y a fait...

J'ai assisté, impuissante, à son départ. Ils l'ont accompagné vers le port, vers la navire qui l'emmènerait au loin, pendant si longtemps.
C'est pas possible, je dois rêver ?!

Et mon frère m'a fait un clin d’œil et un sourire résigné, et s'est laissé emmener sans rechigner...
Non, NON, NOOONNNNN ...

Quand les voiles ont disparu, au loin, quand la douleur s'est abattue sur moi, j'ai du fuir. Courir.
Puis, je me suis effondrée, et j'ai commencé à pleurer.


...


Allongée sur le dos, les bras repliés sous la tête, je regarde le ciel.
À la belle étoile, j’essaie de reprendre le dessus. Mais je ne vois rien, je n’entends rien.
J’ai un goût amer dans la bouche. Un goût de rouille, un goût de sel.
Un goût de sang.
Et, dans la fraîcheur du soir, j’écoute les sentiments qui font rage en moi.

La peine.
La peine m’accable, elle m’étouffe, j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer. La peine d’avoir assisté, impuissante, au départ d’un être cher, à sa perte. J’essaie de faire bonne figure, mais je ne suis pas sûre d’y parvenir. Pourtant, je sais qu’il voudrait que je me relève.
Mais la peine est si forte... Presque autant que la colère.

La colère face à cette situation, à la lourdeur de la peine (l’autre…).
Quoi qu’il ait pu faire, je n’accepte pas qu’on puisse le punir si longtemps. Nous punir. Car s’en prendre à l’un des nôtres, c’est s’en prendre à nous tous !
J’ai envie de leur faire payer…
Une vengeance ? Hum… Faudrait creuser l’idée.

Mais il y a aussi cette colère contre lui, plus insidieuse.
Comment a-t-il pu se mettre, nous mettre ! dans cette situation ? Qu’a-t-il bien pu faire ? J’ai toujours été confiante, crédule. Dupe.
Mes poings se serrent, j’ai à nouveau ce goût dans la bouche.

Mais la culpabilité me rattrape et m'achève.
Quel ingrate suis-je de ne penser qu’à ma douleur ? A nos frères et sœurs hollandais ? Alors que lui même est condamné à la culpabilité et à la souffrance ?

Alors je reste là, ballottée par le tumulte des sentiments, rongée par l’amertume des regrets.
Gemini
Gemini
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Posté le 06/06/2020 à 14:48:14 

[UP ! Il vous reste jusqu'à demain soir minuit.]
Assashin L'Arachcoeur
Assashin L
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Posté le 06/06/2020 à 23:13:59 

Pouhaaa !
 *un cracha rouge glavioteux s'écrase au sol *
 
Mais c'est quoi ce goûts… 
*un homme de noir vêtus se passe une manche frénétique sur ses lèvre encore carmin du breuvage litigieux *
 
Non mais ça devrait être interdit un pareil gâchis ! 
*l'homme s'échauffe et commence à faire les cent pas en faisant attention tout de même à la ou il marche*
 
On prend le temps de trouver une proie, on la traque des semaines durant. Quand on la enfin à sa merci il faut trouver la meilleurs approche pour ne rien gâter. 
*frappe d'énervement dans une forme au sol, étrangement un gémissement suis le coup de savate *
 
J'ai putain de ramper dans de la merde pour l'atteindre sans le blesser… tous cela pour quoi ?
*feule le pirate *
 
*Un autre lourd coup de pied porté de tout son poids, le silence cette fois accueille la frappe après un craquement sec. *
 
Pour ce goûts j'aurais pus me payer une femme de la fleur bleu. J'en aurais au moins eu pour mon temps et mon argent. 
Ha…. *soupire* ce goûts… Il va me rester sur la langue si longtemps. Tellement amer..
 *crache à nouveau après avoir sorti une flasque de rhum pour se rincer la bouche et s'en va ruminant son échec plein d'amertume  laissant au sol le Corp inanimé de la victime du soir *
 
A phro dite en Deuil
A phro dite en Deuil
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Posté le 06/06/2020 à 23:35:34. Dernière édition le 07/06/2020 à 12:26:48 


A mertume, tu m’enveloppes toute entière !
P ar-delà l’horizon ton navire s’éloigne, s’efface.  
H ors de ma vue… il disparaît  
R umeur, rancœur, rage !
O ù vas-tu, pourquoi m’abandonnes-tu ?
D is-moi, suis-je fautive ?
I l te faut m’abandonner,  
T e sauver, t’exiler, t’effacer.
E ffondrée, le coeur déchiré, je m’écroule.
R ageant, pleurant, criant les bras tendus,
I mplorant le ciel  
D e lui rendre son amant.
E spérant que son bateau réapparaisse.  
R eviens ! Rider !
Kalliopé
Kalliopé
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Posté le 07/06/2020 à 00:27:01. Dernière édition le 07/06/2020 à 00:42:05 





- NON ! Je ne resterai pas là !
- Ho que si, ma belle, tu vas le faire.
- C'est hors de question !!
- P'tain.....balle, t'as vraiment le caractère de ta mère toi...
- Vous n'allez pas me laisser ici toute seule quand même !
- Bien sûr que non, tu seras avec ton frère. Vous garderez la maison tous les deux jusqu'à notre retour.
- Pouah, c'est pire ! Allezzz s'il vous plaît, laissez-moi venir ! Moi aussi je veux poignarder des gens !
- Écoute moi, petit soleil. Ce ne serait que moi, pourquoi pas. Mais si je te laisse venir, ta mère me transformera en paillasson, c'est clair et net. Donc, c'est non.
- Pfff qu'est-ce qu'elle est rabat-joie, bon dieu !!

- Léna, ma chérie, on ne jure pas, je te l'ai déjà dit. Nikolaï, si tu as le temps de monter notre fille contre moi, j'ose espérer que tu es prêt à partir ? Sinon je te laisse ici avec les enfants, je te préviens ! Tous les oranjes sont déjà partis, ils vont encore dire que l'intendant tire au flanc ! Sacha, veille sur ta soeur jusqu'à notre retour. Et ne vous battez pas, cette fois-ci. Je vous aime, mes soleils.
- Oui maman !
- Oui maman !
- Bouih môman ! huhu. Aïe !


*ha!*

Καλλιόπη se réveilla en sursaut, expirant brutalement. Le coeur battant la chamade.

Le souvenir de ce rêve encore vivace dans son esprit, elle se retourna pour enlacer son mari, cherchant sa chaleur et son contact apaisant.

Son bras ne rencontra que le vide.


Un arrière-goût de bile fleurit dans sa gorge.
Alice, petite fille à son papa
Alice, petite fille à son papa
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Posté le 07/06/2020 à 21:41:55 

Alice,toute guillerette, chantonnait dans les ruelles d'Ulungen :
 
Mon papa à moiiii est un gangstère
Mon papa à moi est un gangster,
Il fait partie du Ministère Amer 
 
Elle était tellement heureuse qu'elle sortit sa collection de chocolats et les déposa sur une nappe rose.

Un par un, elle les léchouilla délicatement.
Celui au cacao de Madagascar... un brin vanillé, sucré et doux...mmmmmhhh.
Celui au cacao de Curaçao, tendre et onctueux... un de ses préférés.
Enfin celui au cacao d'Esperanza, qu'elle n'avait jamais goûté encore. Un parfait petit œuf en chocolat que son papa Dongrey, comme elle aimait à l'appeler, lui avait offert quelques jours auparavant.

Elle le caressa, lisse.... doux comme son lapin blanc.
Délicatement, elle en brisa un bout et l'apporta à sa bouche, tout en fermant les yeux. Il fondit sur sa langue pour enfin délivrer tous ses secrets... elle attendit l'explosion des sens... mais... recracha le morceau, grimaçant au goût âpre du chocolat :
 
Pouah, il a l'goût d'endive !
 
(Crédits paroles chanson : Stomy Bugsy)
Jax Chiryacht
Jax Chiryacht
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Posté le 08/06/2020 à 00:00:15. Dernière édition le 08/06/2020 à 00:02:09 

Tambourinant des doigts sur la table, l’autre main en poing sous le menton, je ronchonne, des nuages noirs dans la caboche.

Ils ont fait quoi ?

Je regarde un instant mes épaulettes, que j’ai encore prises faute de volontaire à l’uniforme. Devant le miroir de bronze poli de la cahutte qui sert de chambre des sous-off’, je me sens soudain très, très fatigué. Je passe un instant la main sur mes yeux brulants, me demandant la dernière fois que j’ai pu les fermer plus de quatre heures d’affilée. La réponse ne me vient pas tant cela me semble une éternité.

Ils ont fait quoi ?

Je tambourine la table de plus belle. Elle est couverte de rouleaux et d’une carte géante, raturée, tâchée de multiples croix rouges et empreintes de papier buvard. Dehors le vent hurle et ici tout est d’un silence de mort. Ni le rayon de la lune qui perce à la lucarne, ni la lueur vacillante d’une lanterne à l’huile de bonne qualité ne me sortent de ma torpeur sombre et maussade.

Ils ont fait quoi…

Je ne l’ai pas cru au début bien sûr. Tant de malchance conjuguée c’est quand même impossible à première vue. D’abord tout commence bien, on cravache de nuit comme de jour. On rafistole, on saigne la caisse et on démène des messagers sur le continent à tout va. On travaille jour et nuit jusqu’à enfin se reformer, au prix de longues, très longues nuits sans sommeil. On réussit un dernier exercice commun, et on se dit qu’enfin on voit la lumière au bout du tunnel, que le pays a repris des couleurs, qu’on va pouvoir enfin cesser de faire appel à des soutiens étrangers et voler de nos ailes. Que le drapeau qu’on ne redresse même plus qu’avec lassitude à chaque fois qu’il tombe tant il tombe souvent du toit du temple protestant va pouvoir trôner fièrement. Et on apprend que l’ennemi engage la pire racaille mercenaire, et que la machine est repartie au moment précis où elle pouvait s’arrêter.

Ils ont fait quoi…

Et puis on continue, les exercices et les manœuvres, et l’on débauche et l’on embauche, et l’on travaille, on forme, on prie pour que ça marche. Le charisme du chef joue beaucoup bien sûr. Ça c’est un nom qui parle et puis il ne ménage pas sa peine. Nous non plus. On prendrait bien un café toutes les deux heures pour tenir.
Mais on tient, mû par l’indéfectible espoir que cette fois c’est la bonne et que ça va marcher.

Et au matin ils ont fait quoi…

Je n’y ai pas cru au début bien sûr, quand j’ai appris la nouvelle. Quand Bougnette est entrée en larmes j’ai d’abord cru qu’on avait encore un nouveau blessé, ou bien qu’on avait incendié une tour, que les marins étaient malades… pas qu’on prendrait une telle douche glacée. J’ai couru bien sûr. Je me souviens encore, alors que mes mains se fermaient et s’ouvraient dans des mouvements convulsifs de comment je me suis planté devant la petite porte du cachot sans barreaux sur la rue. De comment j’ai gueulé et de comment les deux gardes sont restés de marbre. Même pas la possibilité de dire un au revoir, le gouverneur qui reste silencieux, pas d’explications.
L’incompréhension des hommes, les responsabilités qui vous tombent dessus. Au milieu de visages de gens plus hollandais que vous et que vous ne connaissez même pas. Et qui vous regardent et qui attendent, mi-figue mi-raisin d’avoir été ramené par l’attrait d’un capitaine qu’on nous retire. Comment on va s’en sortir.  
Avant même de débuter, le gouverneur vient peut-être de sonner le glas de la première vraie tentative de renaissance Hollandaise en une année. Comme ça, en claquant des doigts. Il a voulu, il a pris. Pas un mot, pas une brève. Démerdez-vous.

Ils ont fait quoi…

Et puis je perds un ami. Un grand pote presque. Le premier qui m’a accueilli sur le terrain avec Raymond, parti aussi. Qui a donné une place, qui a fait confiance. Et quand la tâche est la plus ardue, dans la plus lourde pente avant le sommet, voilà qu’on le tire de la cordée. Un claquement et puis s’en va. Momentanément il paraît. Mais combien de bateaux ne sont jamais revenus… c’est dangereux les voyages au long cours.
Et alors que le bateau est à quai, j’ai la haine comme une boule qui s’alourdit au fond du ventre. Contre le gouverneur, la destinée, le monde.

Au pire moment, ils ont peut être tué un pays avant même qu’il ne renaisse.  
Un instant j’ai envie de tout brûler moi-même, de mettre les enfants et les adultes dans des bateaux, de tout détruire derrière nous.
Puisqu’ils ne veulent plus qu’on vive, autant qu’on meure alors, me dis-je. Et puis cette haine se mue en rancœur mais une rancœur tenace qui vous ronge, qui squatte jusqu’à vos os. Je ferai chuter ce gouverneur dans l’Escalier un jour. Mais avant il reste une mission. Celle que voulait le chef.

On va faire un grand bûcher.   Et y brûler notre amertume.
Gemini
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Posté le 08/06/2020 à 13:49:24 

VOICI UN TEXTE SUPPLEMENTAIRE. Il m'a été transmis par Rider. ON NE PEUT PAS VOTER POUR CE TEXTE, pour des raisons que j'estime évidentes.

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Ils ont cogné fort ...
Je suis sonné ...
Et ça fait plusieurs jours deja ...
J'arrive pas a penser clairement ... Mon cerveau n'assimile plus correctement, j'ai l'impression de comater ... 
ce moment ou on ne sait pas vraiment que l'on dort et on pense que c'est pourtant la réalité...
mais en flou.. Cotonneux, les reflexes sont engourdis.. La pensée qui file a la toute vitesse d'habitude se heurte a des murs epais et s'ecrase au sol ... 
Je suis sonné et ma tete resonne a defaut de Raisonner ...
C'est par moments plus difficile encore ...
je me sens ... mal ...
Ils ont cogné fort et ça fait mal ...
La douleur n'est qu'une information ... C'est pas grave, c'est gérable ... 
En temps normal ! Là ...C'est surtout ce couteau dont la lame est chauffée a blanc qui me transperce l'ame ...
Ces derniers temps j'ai un peu trop souvent cette sensation nom de nom ...
C'est dur ... Put... que c'est dur a encaisser !
...
Je suis le Rider, le meilleur a ce que je fais ... Et souvent c'est me foutre dans le pastis !
Je sais pas ce que j'ai ces derniers temps . .Mais Misere ! Je suis pas mal capable de merder sur pleins de choses a la fois ...
Et là faut avouer que je me suis surpassé.
Ces derniers jours je ressasse ... C'est bien .. J'ai du temps libre pour le faire ...
enfin ... Libre ..Si on considere les moments entre les passages ou je dois encaisser sévère... Je me retrouve a me battre pour remettre mes idees en place. 
Et ça veut pas ... En tout cas pas bien ...
 
Alors je me concentre sur moi en un premier temps, et c'est difficile, la douleur fausse tout ...
Alors je me concentre sur ce qu'il y a autour de moi, chaque jours apres le reveil il faut que je recommence, chaque reveil est un abrupt retour a la réalité ...
Celle d'aujourd'hui...
Je ferme les yeux ... J'ecoute alentours .. Je cale ma respiration ... Mes poumons me font mal, ma respiration est limitée par la douleur physique dans ma poitrine ...
Le gout de metal dans ma bouche fausse l'odeur ... Ce gout de metal du sang ...
Ces derniers jours je crache le sang en permanence ... 
Mais malgré tout mon odorat fonctionne, je me concentre les yeux toujours fermés et l'esprit amoindri.
J'arrive a passer l'odeur qui m'entoure, cette puanteur de moisissure, de sueur infame impregnée dans les murs, cette eau croupie qui me colle a la peau repandue jusqu'au sol.
Les restes dans la piece a coté de celle qui est directement derrier ce mur ... L'odeur d'un corps en putrefaction depuis un long moment ... mais pas assez pour etre séché et cesser d'empouraquer l'air deja vicié de cet endroit.
Lui n'aura plus mon souci de mal de tronche ...
De l'autre coté du mur en revanche ce sont des sons qui passent, l'odeur, pas encore assez, elle est trop proche de la mienne, sueur, douleurs ...
Le mec emets un rale a chaque respiration ...Demie respiration plutôt... un dechirement de tissu pour etre plus precis ...ses poumons sont perforés et il me semble que l'air ne sort pas du bon endroit ...
Et a en croire le bruit visqueux lorsqu'il tente de bouger, il retient ses tripes qui sont dehors ... La seule odeur qui domine c'est celle acre de la bile qui suinte quand il s'evanouit et que ses mains laissent glisser ses organes
Ca dure pas, la douleur le reveille presqu'aussitot ...
Il va pas tenir longtemps ... Je sais pas si je l'envie pas un peu... Bientot il sera debarassé.
Mais il s'accroche en attendant ! Qu'est ce qu'on peut etre cons ... P'tet' que c'est le mec de l'autre piece au fond qui a raison ...
Mais toutes ces infos ... il m'a fallu plusieurs jours pour les rassembler .. et c'est tout ce que je sais...
Je sais toujours pas ce que c'est ce foutu endroit !
Je sais juste que je feliciterai pas l'taulier !
...
Je crois que par moments je tourne de l'oeil
Parce qu'il ya des moments ou j'ai presque l'impression que ça va a peu pres ...
et puis arrive ce bruit etrange, comme un son qui n'arrive pas a sortir comme il faut dans ma tete et ça me reveille.
Et j'emerge dans mon cauchemar ... Ici ..
Et voila .. .La derniere chose que je sais c'est qu'ici ... c'est pas Liberty ...
J'ai assez bourlingué et je connais assez bien tous les recoins de cette ile maudite ... et meme dans les pires cauchemars d'Oulipo on est pas à la hauteur par rapport a ici ...
Peut etre que ce qui me deplait le plus c'est d'etre seul avec moi meme dans une tete qui fonctionne mal 
Mes pensées sont anesthesiees comme embrumées par l'alcool .. ce put... d'effet que je deteste justement mais qui peut avoir un apport reconfortant ...
Sans le coté reconfortant là justement ... Juste cet effet qui fatigue la pensée, qui la limite...qui te fait rater les details, qui endort le fil conducteur et te mene a divaguer ...
Et je divague, je le sais, je ressasse et je dérive dans ma propre tete ...
Et je tombe ...
Je sais pas vraiment comment je me retrouve là, ca m'est tombé dessus ....et depuis c'est moi qui tombe 
...
Je sombre
Le reflux qui me cogne en va et vient a grands coups de masse dans la tete me colle parfois des images et ça fait encore plus mal ... Cette douleur si aigue qu'elle t'en fait monter la nausée ...
Les visages de ceux que j'ai laissés derriere moi sur Liberty ...
Ce put... d'abandon ..
Ce raté incommensurable qui me taraude l'ame.
Leurs visages, quelques bribes de moments passés ensemble, peut etre leurs mots d'adieux, souvent leurs regards, j'ai un truc avec les regards...
Et quand c'est mélange d'incomprehension et d'impression d'abandon... Ca vrille mon ame !
Ces questions sans reponse
Je n'aurais meme pas reellement pu repondre, moi meme j'ai pas vraiment compris ...
Ce coup de massue qui m'a pris de court m'a tellement sonné qu'evidemment depuis, vu que je n'arrive plus a penser clairement ...
Mais ces visages, ces regards... Peut etre que c'est ça le pire ...
 
Ce qui me tue a petit feu .. C'est que tous, je ne pourrais peut etre jamais les retrouver ...
 
Je n'ai jamais prété attention a ma petite personne, je fais avec , je m'evite meme parfois ..
Là c'est devenu une nécessité ...Si je m'ecoute aller a la douleur, mentale ou physique, je m'ecroule, je me releve plus ...
Et je me rappelle ses mots...
"Bats toi ! Ne te laisse pas faire !"
C'etait dans une autre vie, pour tout a fait autre chose ... Mais ...
Je me bats , je l'ai toujours fait... Et c'est jamais facile .. 
Et là . On est loin de la magie de Liberty... Pas de salut miracle a 4 heures du mat' ... Pas de Jolie Marja et ses infirmieres de Van Good pour panser mes blessures...
 
Du coup je creve a petit feu.
 
Je retarde l'ineluctable ...
Regarde ! Je me bats ...
J'ai deja reussi a me defaire de cette lourde chaine .. Enfin ...
Mais y'a eu un un moche bruit en meme temps ... Mon bras ne bouge plus ...
La douleur est atroce depuis ... Mais je m'en fous ...
La douleur n'est qu'une information ... Et c'est bien fait pour ma gueule ... Parce que quelle que soit la raison pour laquelle je me retrouve dans ce purgatoire a attendre le moment ou j'en pourrais simplement plus ...
C'est ma faute si je suis là!
Donc je me bats chaque jours pour tenir le plus longtemps possible ... Parce que ca fait mal d'avoir eu a leur dire adieu ... a eux ... Et a elles ...
Misere ...
Que ca fait mal ...
 
Mais c'est pas fini ... J'ai encore une chaine qui me retient a ce mur sanguinolent, qui pue la mort et pire encore ... 
Alors je me bats ... Et je sais que je vais finir par m'ecrouler lorsque j'aurais reussi a desceller cette autre chaine ... La derniere chose qui me retient encore un peu ...
Avant de m'ecrouler au sol ..Face a terre ... Dans la boue moisie dans laquelle je me traine puisque je n'ai presque plus assez de forces
Mes jambes ne me portent presque plus ...
Mais je me releve, un genou a terre seulement ... puis presque debout ...
 
Parce que je l'entends arriver avec son pas lourd, il est au bout du couloir et bientot il va ...
Non ...
 
Ils sont plusieurs cette fois! 
L'odeur de metal qui les accompagne n'est pas celle de mon sang cette fois ... Cette fois ils sont armés ...
Oh Bravo ! 
 
Afficher mon plus beau sourire, rien montrer ... Gagner assez de lucidité pour tenter un bon mot ...
 
Souvent ça les enerve ... Du coup ils tapent plus fort
Juste comme ça... Pour prouver que ce sont eux qui maitrisent la situation ..
 
Mais plus ils tapent fort ... Et plus ma tete s'embrume de cette douleur moelleuse malsaine de pensées cahotiques ...
Ca m'aide a oublier pendant quelques instants ceux... et celles ...  que j'ai abandonné..e..s ...
 
 
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