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Pour une poignée de Couronnes  
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don Juan de Montalvès
don Juan de Montalvès
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Posté le 05/09/2019 à 20:25:31. Dernière édition le 05/09/2019 à 20:26:03 

Le soleil éclatant des Caraïbes illuminait le ciel sans nuage au dessus de l'île de Liberty, confettis de terres et de roc, perdue au milieu de l'immensité de l'océan. Sous son écrasante chaleur, les villes coloniales semblaient assoupies, fermant leurs volets et désertant leurs rues, les gueux ayant retrouvé les auberges des bas-fonds ou des hamacs pour passer leur journée tandis que les riches coloniaux recherchaient la fraîcheur de leurs cours ombragées et des éventails de leurs laquais maures. 

Trônant au milieu d'un parc couvert de palmiers et de bosquets exotiques, l'hôtel particulier du marquis de Montalvès émergeant tel un rocher de marbre au milieu d'une mer de feuillages et semblait aussi endormie que la cité. Quelques rares serviteurs en livrée et enturbanés apparaissaient furtivement par l'une des portes donnant sur le jardin désert avant de repartir aussitôt en voyant qu'aucun visite ne s'était annoncée.

Les laquais reprenaient ainsi leur place sur des tabourets accoudés aux portes des antichambres et des couloirs de la résidence, à l'affût d'une sonnette ou d'un pas nonchalant. Mais aucun de ces serviteurs anonymes ne s'inquiétaient outre mesure d'une activité dans le vaste hôtel silencieux, tous savaient qu'il était l'heure où Son Excellence lisait la Gazette dans le confort d'un des nombreux salons de sa maison.



Le riche Marquis avait pris la coutume de son âge; il y a 12 ans, lors de son arrivée sur l'île, sans un sous, ses heures ne suffisaient jamais pour faire fructifier à ses affaires, maintenant, son argent s'activait pour lui et il y avait bien trop d'heures dans la journée d'un millionnaire sous les tropiques. Montalvès lisait donc la Gazette apportée par le galion de la Nouvelle-Orléans, des nouvelles du Vieux-Continent, de l'actualité pas très fraîche mais cela n'importait pas dans les Caraïbes où le quotidien se dilate comme un métal dans la fournaise. 

D'une main baguée et poudrée, il s'en allait saisir une biscotte ou un macaron sur un plat d'argent disposé à hauteur de sa méridienne tandis que d'autre il tenait le précieux sésame sur la vie du Royaume de France. 

L'aristocrate passa avec délectation sur les méchantes rumeurs concernant du curé Dubois, conseiller du Régent, et de la chanson qui lui est dédié : "Il court, il court, le furet". Et le Marquis de fredonner, malicieusement :

Il court, il court le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli

Mais le sourire du riche banquier s'estompa en lisant la seconde nouvelle de la Gazette :

La Banque générale de Monsieur John Law de Lauriston a effectué un prêt de 1200 millions de livres au gouvernement pour le rachat de la dette du royaume en papier-monnaie contre une annuité de 3%. Cette augmentation du capital de la compagnie française fait des émules dans les autres capitales européennes, qui, pour éponger les dettes de guerre édictent la mise en place d'un papier-monnaie garantis sur les caisses de l'Etat et l'interdiction d'une théorisation supérieure à 500 livres d'or par les particuliers...

Le Marquis bondit de sa banquette, renversa la pyramide de macarons, envoya valser guérison et plat d'argent pour trouver sa paire de lunettes sans lâcher les lignes de la Gazette de son regard. Tremblant il mit ses lunettes au bout de son nez et continua:

Les intendants des finances de Paris, Londres, Madrid et Amsterdam se sont concertés sur la circulation d'un papier-monnaie d'une valeur de 1000 pièces d'or, s'appliquant à leurs diverses colonies à travers le monde.

La nouvelle Couronne Caribéenne verra son cours s'ouvrir dès la seconde semaine de septembre 1719.

Montalvès déchira la Gazette et en fit une boule de papier compact qu'il envoya rouler au loin et s'écria comme pour maudire les banquiers d'Europe: Du papier ! Ils nous envoient du papier ! Mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ?! Le manger ?!

Le Marquis se précipita hors de son salon comme un ouragan, renversant banquette et tables, tirant dans sa course les couvertures de soie, les tapisseries qu'il arrachait dans ses poings, les précieux tapis du salon qui s'accrochèrent aux sabots du zébre empaillé qui fut à son tour emporté à la suite du Marquis qui gagnait les escaliers, les yeux fous, emmaillotés dans les larges pans de tissus, hurlant comme un damné : "Barnabé ! Il faut tout cramer ! Il faut cramer mes millions !"

Le Marquis dévala les escaliers, s'encoublant dans ses tapisseries s'entortillant autour de lui, suivit par une table basse, par le zèbre empaillé et une cohorte de laquais affolés qui descendaient les marches quatre à quatre pour rattraper leur maître. L'ouragan gagna l'étage principal et disparu vers les coffres de l'hôtel tandis que la voix du marquis retentissait comme l'orage dans toute la maison : "Mon or, Barnabé ! Sortez l'or, tout l'or, achetez-moi toute cette maudite cité s'il le faut ! Il faut tout cramer !!"
Céline
Céline
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Posté le 09/09/2019 à 00:14:57. Dernière édition le 09/09/2019 à 00:15:10 

C'était prévu pour aujourd'hui, cela n'a pas loupé : le papier monnaie, appelé Couronne Caraibéenne, a été livré par galion... Et en même temps, une grande partie de l'or de Liberty a été chargée, direction le continent.

Mais cela, Céline s'en cogne.

Pourquoi ?

Car elle compte, avec un sourire clairement affiché sur le visage, toutes les cargaisons livrées à Esperanza juste avant que ce racket n'ait lieu. En effet, à l'avenir, l'or sera plus difficile à mobiliser.

- Banjo !!! Fais-moi le compte. Est-ce que tout y est ?

Le petit noir l'emmène avec elle déambulant entre les caisses de marchandises de l'entrepôt plein à craquer avant de s'arrêter devant certaines plus odorantes que les autres.

- M'dame, voici les 1000 saumons que Seth a réussi à aller chercher à Port-Louis pendant que nous tenions Louis Le Grand. Bon, le stock a un peu diminué depuis que nous avons commencé à approvisionner l'armée mercredi dernier...

Il continue alors et désigne toute une série de fioles alors que ces joues rosissent.

- Ça, ce sont les 1500 eaux de styx en provenance du jardin des... euh... amoureux. Là aussi, il en manque 80 suite aux envois de vendredi.

Céline hoche de la tête avec un air approbateur puis met un coup de pied au gosse, qui tombe par terre, s'écorchant les genoux.

- ET LE RESTE ?!

- Les 1500 côte d'auroch ont été achetées hier par Seth, il est en route vers Esperanza en ce moment même. Tout sera là demain...

Il marque un arrêt et poursuit

- Le marquis de Montalvès a été d'une grande aide comme convenu et nous livrera les manquants, 3000 élixirs du Docteur Lagardère, d'ici un jour ou deux... Ainsi que chacune des 30 potions nécessaires à l'apprentissage de nos jeunes troupes, et à leur nouvel entrainement si certains plus expérimentés veulent se perfectionner sur d'autres domaines.

- Bien, très bien. 1000 saumons, 1500 eaux de styx, 3000 elixirs du Doc et 1500 côte d'auroch, l'armée ne sera pas en manques de vivres. 1 500 000 pièces ont été dépensées, mais ce n'est rien.

L'approvisionnement étant terminé, elle enchaine d'une voix tonnante

- BANJO !!! Qu'en est-il de la motivation des troupes

- Comme convenu, des prêtres parcourent Esperanza pour motiver les troupes chaque jour. J'ai cru comprendre que leur ferveur leur donne une... aura... particulière lors des combats.

Toujours utiliser la religion. Toujours.

- Et l'équipement ?

- Nous avons encore environ 1 000 000 de pièces disponibles pour équiper notre armée... Quant à vos effets personnels, j'attends un perroquet de M'dame Irina pour que vous puissiez vous rencontrer.

Céline regarde le gamin de ses yeux froids et cruels

- Tu as bien travaillé Banjo. Pars en cuisine et mange ce qui te plaît à ta faim ce soir.

Les yeux de l'enfant noir s'embuent de ce qui rassemble à des larmes de joies quelques secondes avant de se précipiter réclamer son dû.

La générale espagnole contemple la marchandise déjà présente et se murmure à elle-même.

- Nos ennemis vont en baver...
 

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