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L'impromptu de Port-Liberté  
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don Juan de Montalvès
don Juan de Montalvès
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Posté le 17/08/2025 à 21:01:09. Dernière édition le 17/08/2025 à 22:39:34 


Une nuit tropicale. Chaude, lourde et bruyante, une nuit dans un port des Caraïbes. Depuis la taverne et les maisons à l'entour du quai, aux fenêtres illuminées des bougies vacillant entre les ombres de ses occupants, parviennent les clameurs des joueurs de dés, des chopes s'abattant sur les tables, et, semblant sillonner entre ces éclats, un petit air de flûte que joue un minot assit sur une baril. 

Sur les rues se balancent les longues silhouettes des palmiers qui s'élèvent au gré de la nature, dans les ruelles et devant les facades fatigués de l'entrepôt.
La lumière de la lune pleine révèle ce vernis un peu désuet d'un port colonial français laissé à l'abandon et pourtant si plein de vie ! Celle d'une liberté nouvelle et d'une activité qui ne semble jamais interrompue, surtout lorsque qu'un navire entre si tardivement dans le port. Les anciens le savent bien et leur moue dubitative tandis qu'ils tirent sur leur pipe grossière ne laisse planer aucun doute, ce bateau-là ne transporte pas de marchandises à débarquer, ni ne revient d'une course contre les convois coloniaux. Pas assez de canons, pas assez de tonnage. 

Alors que des marins hirsutes font descendre la passerelle sur le quai, une faune bigarrée s'est déjà rassemblée sur le pont : des filles de joie apprêtées pour rejoindre leurs habitations après une visite de travail à La Barbade, des mines patibulaires qui descendent le feutre noir bien bas sur leur visage, trahissant leur inavouable commerce à Nassau, des repris de justice ayant échappé aux geôles de La Havane et cherchant un nouveau destin dans cette ville franche. Et dans la cabine du capitaine, il y a un marquis.

Une étrange pièce rapportée parmi les passagers, non pas qu'il soit plus innocent que les contrebandiers, ni plus sain qu'un meurtrier, quant à la morale, plus d'une à la Fleur bleue en rougirait. L'étonnement vient qu'on l'on ne pouvait s'attendre à revoir un tel personnage dans un tel endroit.

Le Marquis de Montalvès était assit au bureau de la cabine, que le capitaine lui avait cédé pour quelques guinées, le temps de la traverse entre les deux îles. Un repas à peine entâmé refroidissait dans un plat qu'on eut pu croire d'argent mais l'éclat l'avait abandonné depuis trop longtemps. Un poulet à peine mâchouillé et un verre de vin épais à moitié plein. 
Don Juan oscultait son reflet dans un miroir grossier, une visage aux traits fatigués que la poudre jaunie cachait mal, qu'une perruque brune aux larges boucles vient délimité. Montalvès poussa un soupir bruyant avant de plonger son index dans un petit pot de pâte rougeâtre qu'il vint s'appliquer grossièrement sur les joues. Une vieille gloire.

On toqua à la porte, et la tête barbue et bouffie du capitaine apparût pour avertir son illustre passager que les occupants commençaient à désembarquer. Montalvès lui fit un signe vague de la main et le fit disparaître. Dans un autre soupir, le marquis quitta sa chaise, tira sa redingote posée sur le dossier et l'enfila par dessus son gilet au velour noir et sa chemise. Il accrocha sa rapière à la ceinture et posa son tricorne tout aussi sombre, à la cocarde de soie noire, sur sa tête emperruquée. 

En ouvrant la porte, lui parvint le tumulte du pont et la musique de la ville. Dans un premier mouvement de recul, il prit un instant fugace de stupeur où les souvenirs de son ancienne vie dans ce qui fut, autrefois, Port-Louis, lui revinrent comme un songe. 

Le Marquis se reprit très vite, bien conscient que cette fuite de la Cour et la haine farouche que lui vouait désormais Marie Leszczyńska, ne lui laissait d'autre refuge sûr que cette ville de pirates à l'autre bout du monde !

Il se fondit dans la masse des passagers pour emprunter la passerelle de bois et de cordes, sa grosse malle de cuir souple à la main et remontant de son autre main baguée, le col de sa redingote sur son visage.
 

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