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On m'appelle "La Jeanne"  
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Jeanne
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03/09/2018
Posté le 06/09/2018 à 12:37:45 

Personne ne savait vraiment de quel genre de classe sociale "La Jeanne" était issue. En revanche, tout le monde savait qu'elle n'était pas de la croûte noble, à en juger ses vêtements plutôt bourgeois et modestes et son attitude nonchalante. Pour ne pas dire de mensonge, la jeune femme elle-même ne connaissait presque rien de ses origines et les habitués des ruelles qui croisaient régulièrement son chemin ne connaissaient rien à elle. "La Jeanne", comme on la surnommait (car oui, on ignorait son véritable prénom), était un mystère pour elle et pour tous

Beaucoup pensaient qu'elle avait des origines chinoises. En fait, Jeanne avait simplement les yeux en amande, moins bridés que les chinoises. D'autres, qui croyaient dur comme fer que la jeune fille était d'origine Asiatique, juraient le Bon Dieu que sa longue chevelure brune était typique des femmes de Pékin. Le fait est que Jeanne aimait tout simplement laisser pousser ses cheveux, jusqu'en bas des fesses, pour lui prouver que le temps passait très vite. Et, lorsque sa tignasse arrivait trop bas (et demandait trop d'entretien), elle la coupait (jamais plus court qu'en bas des épaules) et la laissait pousser de nouveau. 

Voici d'ailleurs un élément intéressant de "La Jeanne" : ses cheveux. Elle ne se trouvait pas jolie. Encore moins désirable. Le seul élément de son physique qu'elle appréciait (et entretenait avec une rigueur indiscutable), c'était bien ses longs cheveux bruns et soyeux. Quand elle était gosse, elle se souvenait de ces petites filles qui jouaient avec des poupées et brûlaient le temps en s'amusant à se confectionner des coiffures modernes, créatives et féminines. Jeanne passait son temps à les regarder du haut du balcon de l'appartement dans lequel elle vivait avec son père. Elle ne descendait jamais dans la rue la journée, car son père le lui interdisait...et pour dire vrai, les petites filles ne s'intéressaient pas à "La Jeanne". Et puis, quand les saisons se refroidissaient et que le soleil laissait place à une pluie glaçante, les petites filles du coin de la rue rentraient chez elles, laissant Jeanne orpheline de ce spectacle dont elle était habituée. Pour une saison, ou plus. C'est pourquoi, accumulant un manque de confiance en elle, "La Jeanne" se jura que ses cheveux étaient comme un chevalier pour elle, un protecteur capable de lui apporter du soutien, du réconfort et de l'estime de soi. 

En grandissant, Jeanne prit des formes. Elle commençait à plaire, notamment aux peintres et poètes qui vivaient dans les rues de sa ville (dont elle taira les noms). Elle se sentait plus femme, comme un long printemps pluvieux qui laissait place, après des mois humides, à une chaleur agréable et une brise fraîche. Jeanne était un été doux pour les hommes, mais un automne morose pour elle-même. Elle ne parvenait toujours pas à s'apprécier, à s'acclimater à ce corps trop grand, trop mince, trop objet pour elle. Elle décida un jour de prendre une décision, radicale : si elle ne s'aimait pas, alors elle passera le reste de sa vie à aimer les autres. Son père décéda d'une fièvre douloureuse le soir-même. 


Jeanne
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03/09/2018
Posté le 07/09/2018 à 22:46:48 

I - Pro Taberna Vigilant

« Tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. », Victor HUGO, Les Misérables, Préface (1862). 

Karen était une très belle femme. Bonne en chair, avenante, souriante. Mieux encore, elle ne parlait pas beaucoup, sauf lorsqu'il s'agissait d'argent. Elle pouvait perdre toute sa salive lorsqu'elle marchandait ses filles. C'est qu'elle détestait perdre, la bourrique. Pourtant, sa motivation des affaires ne rendait pas forcément le travail de ses demoiselles aussi glorieux. 

Depuis son arrivée à Ulüngen, Jeanne passait la majorité de son temps à admirer les habitants. La misère était très présente dans la ville des bataves, même si les salaires semblaient être au beau fixe. C'est que l'argent ne réglait pas tout. Elle fit la rencontre d'un petit garçon que l'on surnommait "Jan-Jan". La douce Jeanne éprouvait une affection très particulière pour le jeune garçon, presque maternelle, et elle gardait ça secret. Le petit était horriblement maigre. Sa peau était un mélange de teintes verdâtres et grisâtres...même la Mort avait meilleure mine. Sa dentition laissait à désirer, tout comme ses odeurs corporelles, fruits des longues après-midi durant lesquelles il voyageait entre les chopes de ses supérieurs et les égouts infestés de rats. Jeanne avait offert au gamin une pièce en or. Qu'en avait-il fait ? Elle l'ignorait encore à ce jour, mais priait jour et nuit pour qu'il ne lui arrive pas malheur. 

Avec cet enfant, il y avait aussi les prostituées de l'auberge. Les pauvres filles étaient apparemment maltraitées et régulièrement soumises à des pratiques dont elles ne pouvaient en supporter les conséquences psychologiques. Jeanne se jura de les aider...ou du moins, sa terre d'accueil voulait lui confier cette mission. Jocard Gombo s'était prononcé le premier : "Dorénavant, tu seras la "garde des sots". Grande protectrice de la taverne, gardienne de la bière, duègne des liqueurs, bienfaitrice des fûts et sentinelle des comptoirs. De lourdes responsabilités pèsent sur toi aujourd'hui, ne trahie pas ton devoir et sois toujours fidèle à cette devise : Pro Taberna Vigilant". La foule acclamait les paroles (un tantinet alcoolisées) de ce corsaire au charisme époustouflant et à la gouaille presque aussi forte qu'intellectuelle. Jeanne n'avait rien demandé, mais acceptait cette mission avec cœur et audace. 

"J'espère qu'elle est consciente de l'honneur que la ville lui fait", s'exclama alors un certain Liet. Oui, elle l'était. Et elle comptait bien respecter son devoir pour vaincre la misère, à sa manière. 
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Posté le 18/09/2018 à 11:00:53. Dernière édition le 18/09/2018 à 11:05:46 

II - Première rencontre avec les Pirates

Les journées à Ulüngen devenaient de plus en plus banales pour Jeanne. Elle qui rêvait d'aventure se sentait prisonnière d'une routine qui se dessinait dans le service client, le bon déroulement de l'auberge et la protection des filles de joie. Elle croisa, un soir, un visage qu'elle connaissait très bien, celui de Jocard Gombo. Ce dernier venait de lui envoyer une missive, presque incendiaire, dans laquelle il se plaignait d'un incident survenu au bar. Jeanne, comme pour s'excuser de quelque chose dont elle n'était pas coupable, passa sa soirée aux côtés du hollandais, le regardant dormir puisque ce dernier décuvait certainement de sa longue journée arrosée. Elle découvrait en cet homme si robuste d'apparence un homme sensible, presque attachant et doux. Ses visions enjolivées par l'alcool lui donnèrent des maux de tête, et la jeune batave décida alors de prendre la route, de faire une pause avec cette auberge.

Le soleil commençait à peine à se coucher, mais "La Jeanne" était déjà en route. 

Elle marcha pendant de longues heures. Elle traversa des champs, des prés quasiment vides et des montagnes qui se baignaient dans les rayons d'un coucher de soleil majestueux. L'air était frais et l'atmosphère calme. Le tout était agréable, mais pas assez revigorant pour une jeune hollandaise en recherche d'aventure. Le plus difficile fut certainement de traverser la forêt tropicale, de se battre avec ses insectes et ses monstres avant de parvenir à l'entrée du grotte. La porte de cette caverne apparaissait pour "La Jeanne" comme un ange tombé du ciel, comme un rayon du soleil levant qui empêchait le loup-garou de continuer son massacre. C'est donc épuisée que la jeune femme entra dans la grotte et se retrouva nez à nez avec...des pirates ! 

III - Le Taureau et le Cygne

L'image était affreuse. Effrayante. Glaçante. En face d'elle, son camarade de combat, Piet, baignant dans son sang et à deux doigts de rencontrer la Mort. Ou alors était-il déjà entouré de la Mort ? C'était une question que Jeanne se posa et qui n'était, à vrai dire, pas entièrement fausse. Autour du hollandais, comme deux charognes, deux pirates semblaient surveiller les alentours (ou attendre que Piet se retrouve noyé dans son sang ?). L'un d'eux était immonde, infâme et donnait la chair de poule. Sa puissance physique n'était plus à démontrer, mais sa puissance mentale semblait encore plus forte. C'était un Cerbère, un soldat maudit en recherche d'une âme damnée. C'était le Taureau de la Confrérie. A ses côtés, un autre homme, très différent. Plus mince, plus frêle, plus victime que coupable, plus féminin que masculin. Il souriait, et ne faisait rien d'autre que sourire. C'était le Cygne de la Confrérie. Les deux pirates ont tout de suite remarqués l'arrivée de La Jeanne, et celle-ci se rua alors vers Piet, comme une biche traverse une route sans prendre le temps de regarder sur les côtés. 

La Jeanne :  s'approche de Piet et regarde ses blessures : "Mon dieu, êtes vous dégénérés ? Vous êtes sur le point de l'envoyer dans le coma !"
Le Taureau :  Vous en avez d'autres des juments qui parlent en Hollande ?
La Jeanne :  Vous savez ce que vous dit la jument ? Elle vous ordonne de ranger vos armes avant de faire couler plus de sang !
Le Cygne :  Mais c'est pas nous, c'est lui, et puis n'allez pas traiter le capitaine de dégénéré il n'aime pas ça !
La Jeanne :  Ah ! Et capitaine des racailles de l'île ! Vous m'en voyez ravie ! C'est une honte !

[La voix du Taureau était horriblement grave. Jeanne ne pouvait pas exactement décrire son visage, car sa peau ressemblait plus à une immense pierre, à un rocher sur lequel plusieurs inscriptions incompréhensibles étaient gravées. Une chose restait certaine : ses deux yeux enfoncés et noirs brillaient d'une lumière mortelle, comme une rage dissimulée trop longtemps et prête à exploser. Il sort alors des couteaux et se met à jongler avec. Jeanne, elle, encore toute tremblante, soigne les blessures de Piet.]
 

Le Taureau :  Elle en a de bonnes, la jument ! Encore un peu et elle braierait assez pour passer pour tout un troupeau de vaches !
La Jeanne :  s'offense : "Dites ! Parlez-vous souvent des femmes de cette manière ? Honte ! Capitaine, donc ? Prière de bien vouloir vous éloigner de mon patient. Votre venin est irrespirable !"
Le Cygne :  râle. "Non mais vous allez arrêter de l'insulter un peu mademoiselle ?!"
Le Taureau :  Je laisse votre armée à vos bons soins, nul doute que votre fiel est bien dix fois plus toxique que mon venin !  Avec ce genre de femelle, l'avenir de l'armée aux bandeaux oranges est plus que vacillant !  Ahhh... Une bonne tranche de rigolade. Toi, tu auras ta place d'honneur dans mon carnet personnel. J'y indique qui je vais retrouver un jour, tu sais... Pour un tête à tête.
Le Cygne :  grommelle. "Chanceuse !"
La Jeanne :  continue de soigner Piet et fixe le Capitaine, non sans peur : "Je ne crois pas que vous faites dans la civilité, mais si tel est votre désir. L'honneur de ma nation passe avant vos cruautés."

[La conversation devenait un peu plus tendue minutes après minutes, même si quelque chose semblait apaiser la colère des pirates et de la batave médecin. La Jeanne soigna tant bien que mal Piet, et ce dernier se releva après une petite heure de coma. Première réussite en médecine pour La Jeanne...et les pirates avaient été les premiers spectateurs. Elle discuta longuement avec Le Cygne de a Confrérie, qui se nommait Elliott. Il semblait être le seul pirate avec lequel on pouvait avoir une conversation, même si la Jeanne restait sur ses gardes. Il lui expliqua de nombreuses choses sur sa profession de gigolo, et sur les intentions de son compagnon, le Capitaine Taureau, nommé Gemini. Au loin, deux espagnols que Jeanne ne connaissait ni d'Adam ni d'Eve, s'amusaient avec une esclave. Leur esclave. Leur esclave hollandaise ! Il s'agissait de Xantico, tout juste naturalisée hollandaise et déjà esclave d'un couple aux allures froides, perverses et meurtrières. C'est à ce moment que Jeanne trouva son premier point commun avec son ennemi du jour, Gemini : le pirate et la jeune femme médecin voulaient tout les deux libérer Xantico de cet esclavage. Une solution s'offrait alors tout naturellement à la Jeanne : celui de prendre rendez-vous en tête à tête avec ce qui semblait être l'homme le plus cruel de l'île, le Capitaine de la Confrérie des bandeaux noirs.]
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Posté le 28/10/2018 à 23:49:07. Dernière édition le 28/10/2018 à 23:50:13 

III - Intendante

Le mariage de Minen et Matéo avait été le moment le plus étrange vécu par la Jeanne depuis son naufrage sur l'île. Après un moment délicat passé à nettoyer le corps d'une esclave à l'étage de l'auberge espagnole, ce fut le vide. Total. Noir. La jeune hollandaise se réveilla le lendemain. Aucune trace des invités, des mariés, et aucun souvenir. Son crâne était sur le point d'exploser, ainsi se décida-t-elle à quitter les lieux au plus vite et rentrer chez elle, à Ulüngen, encore vêtue de sa robe de soirée qu'elle décidera de garder sur elle un long moment, comme une relique. 

La première nuit chez les bataves avait été froide. Aussi froide qu'un mois de décembre, mais nous étions à peine en octobre. L'ambiance pesait lourd, et la révolution entre les révolutionnaires et es loyalistes n'allait pas tarder à bouleverser complètement le paysage hollandais. Apeurée par ces comportements violents, Jeanne se jura de prendre soin de l'auberge, le plus possible, pendant que le sang coulait encore et encore entre les pavés de la ville. Frappée, violentée, insultée...Jeanne connaissait en cette période l'enfer, mais elle ne baissa pas les bras et protégea l'auberge, ce lieu qu'elle chérissait tant. 

Décidée à ne plus laisser un gouvernement mettre la ville sans dessus dessous, elle profita de la situation diplomatique qui s'estompait et se présenta aux élections, sans grand espoir d'être élue. Puis, un matin, un de ses amis frappa à la porte de sa chambre : 

"Jeanne...dors-tu encore ?"

"Qui est-ce ?"

"C'est moi, qui veux tu que ce soit ! Tu as été élue Intendante de la ville. Hâtes toi de prendre tes affaires, tu as du pain sur la planche ! Et...félicitations !"

Il glissa un morceau de parchemin sous sa porte, sur lequel on pouvait lire : " Ton peuple t'a élu au gouvernement."

La nouvelle résonna comme un coup de canon dans les oreilles de la jeune femme. Elle se leva rapidement, fit sa toilette et se dirigea à la place centrale d'Ulüngen. Les citoyens l'attendaient déjà, et avaient beaucoup à lui dire. La première chose, c'était de remettre de l'ordre dans cette guerre non officielle entre la Holande et l'Espagne...et tout commençait par des affiches à placarder sur les murs encore tachetés du sang de ses compatriotes. 

Tu passes un contrat de nation de 150 PO sur Walter Metzengerstein : Un peuple ne se dirige pas avec la haine. Apprenez ceci.
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Posté le 10/12/2018 à 21:27:07. Dernière édition le 10/12/2018 à 21:27:39 

IV - Seule

Elle fixait l'horizon avec ce regard qui en disait tant sur elle. Un regard à la fois hors du temps et déterminé. Face à l'océan déchaîné, la romantique laissa sa longue chevelure danser sur son visage. La caresse de ses cheveux lui faisaient du bien, la fraîcheur de l'air lui remplissait les poumons...tout était bien. Pourtant, la belle Jeanne se sentait seule, encore plus depuis le soir où son cœur avait balancé


Elle prit une grande inspiration, coupa sa respiration, ferma les yeux et se laissa emporter par de petites hallucinations. Lorsque la malaise commençait à sonner, elle expirait, très lentement puis arrangeait sa robe du soir pour pouvoir s'asseoir sur cette dune qu'elle aimait tant. Ce soir-là, pourtant, la beauté du paysage caraïbéen ne la touchait aucunement. Pire encore : le tableau lui paraissait insoutenable, lourd, vide de sens. 

Sans un bruit, bousculé d'un enchantement, le ciel se noircit et la pluie devint la reine de ce haut lieu des méditations lybertiennes. Insensible à la fraîcheur des gouttes qui lui coulaient sur la peau, Jeanne ferma de nouveau les yeux et leva la tête, appréciant ce moment qu'elle considérait comme un cadeau divin.

Elle essuya le sang qui coulait aux extrémités de sa bouche. Elle ne se souvenait même plus qu'elle saignait. Le goût ferreux de cette substance rougeâtre lui donna un frisson. Qu'allait-elle devenir si cette femme, si belle, si pure, si douce ne lui rendait pas un jour l'amour qu'elle lui éprouvait ? Jeanne était amoureuse, mais cette habitante de l'île l'était-elle aussi ? Un regard aurait-il suffit ?

"Deux cœurs de femmes ne peuvent que bâtir un cœur absent", lui répétait son père. Et, malheureusement, Jeanne commençait à croire qu'il avait raison.
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Posté le 20/04/2019 à 16:31:20 

V - Beautés endiablées

Depuis plusieurs mois, La Jeanne travaillait dur, et cachée. Cachée, car elle savait qu'une femme qui travaillait n'était pas quelque chose de bien vu par les habitants de l'île, même à Ulüngen, et ce bien malgré l'ouverture d'esprit de cette nation. Son magazine allait de bon train, et les recettes étaient plutôt gourmandes. Depuis des semaines elle répondait au courrier de ses lectrices, recevait des robes et des cadeaux par dizaine et collaborait avec ses collègues pour trouver les femmes qui feront la mode de demain. VEUGUE était parti de rien, et était devenu une référence dans le monde de la mode. Elle recevait également des missives de Paris : les hauts placés de la capitale française lui écrivaient régulièrement en lui proposant des sommes d'argent alléchantes pour écrire des articles sur leurs femmes et maîtresses. Bien évidement, Jeanne refusait les offres et souhaitait avant tout que son bébé soit une image de Liberty, et non pas du Continent. 

Jeanne avait l'habitude de côtoyer les hommes de l'île. Elle s'épanouissait de son triple métier : le journalisme lui apportait des rencontres, la médecine des remerciements et la prostitution des clients réguliers. Cependant, depuis le succès de son magazine et les nombreuses rentrées d'argent, Jeanne attirait l'attention de nombreux hommes aux intentions sombres...les pirates. C'est du moins ce qu'elle pensait, au vu des propositions intéressantes et parfois étranges que ces derniers lui offraient. 

Un jour de fête, vêtue de sa plus belle robe et de ses talons les plus hauts, elle rencontra un homme. Il était assis loin de la foule, et était d'un calme surprenant. Caché derrière un grand chapeau, son visage baigné de l'ombre de ce dernier, il fumait la pipe nonchalamment. Intriguée, Jeanne s'approcha de lui, évitant les verres brisés, les coups des bagarreurs et les bouteilles qui volaient dans cette fête qui n'était - finalement - rien d'autre qu'un véritable bordel. Quelques mots suffirent pour attirer l'attention de l'homme qui leva son regard vers la jeune femme...ou du moins, c'était ce que Jeanne en avait pensé. "Peut-être était-ce à cause de mon parfum ?", se demanda-t-elle après coup. Lorsque l'ombre de son visage s'évapora, Jeanne découvrit une beauté masculine comme il en existe peu encore aujourd'hui : un visage fin et tiraillé par le temps. Une barbe naissante et séduisante. Des yeux pénétrants et presque aussi vifs qu'une balle tirée d'un fusil. Une beauté du diable, endiablée par le rythme des musiques qui ravivaient la salle. Comme lors de nombreuses soirées, et plus particulièrement celle du mariage de Minen et Matéo, Jeanne ne se souvint pas de ce qui s'était passé par la suite. Mais cet homme, elle voulait le revoir...et elle se décida alors de partir à sa recherche.
 
XXX te donne 2 points de réputation dans sa nation (Pirates).
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Posté le 25/05/2019 à 01:10:29 

VI - Cet homme riche qui voulait la pauvre

Les clients se multipliaient dans le commerce de Jeanne, et ce n'était pas pour ne pas satisfaire les patrons de la belle auberge. Un soir, il avait même été nécessaire de faire patienter pas loin de cinq hommes devant la chambre de la jeune femme...car celle-ci était déjà occupée avec six autres, en même temps. La prostitution avait été un moyen pour Jeanne de se faire une place sur cette île. En plus de prendre du plaisir, elle pouvait apprendre énormément de choses sur l'île, son histoire, ses habitants et ses coutumes. Elle se souvenait par ailleurs d'une rencontre, une nuit de printemps. L'homme était de taille moyenne, les cheveux gris et le visage fin. Un marin qui avait de la bouteille, et qui sentait le rhum et la transpiration. "Sûrement un ami du bon Turb", se disait Jeanne. Il lui parlait de ces femmes qu'il avait rencontré toute sa vie, et c'est ainsi que Jeanne entendit pour la première fois les noms suivants : Clémente, Violette, Ten, Elizabeth et Eléonore. Un soir, alors qu'elle ne travaillait pas, elle entendit frapper à sa porte. 

- C'est fermé ! Revenez demain, dit-elle. 
- Je viens en urgence, milady, répondit la voix. 
- Entrez

L'homme qui rentra dans la pièce était différent des clients avec qui Jeanne avait l'habitude de coucher. Il était vêtu d'un grand chapeau bleu marine orné de fines bordures dorées. Une longue chemise ample et blanche était recouverte d'un long manteau de corsaire à gros boutons comme Jeanne en voyait souvent dessinés dans les livres qu'elle dévorait. Une ceinture large en cuir laissait apparaître un long sabre, qui était en fait une épée de mousquetaire. Des bottes noires venaient, enfin, dessiner le portrait d'un homme qui avait beaucoup d'allure, et c'était ce que Jeanne remarqua en premier. Il se présenta brièvement, et ne cessait de regarder la jeune femme dans les yeux. Après l'ébat, l'homme restait assis sur le lit, caressant le corps nu d'une femme qu'il ne voulait pas payer.

- Cessez donc cette profession, lui murmura-t-il en caressant les courbes de son dos. 
- Je ne peux pas, et je ne veux pas, répondit Jeanne d'une voix à la fois fatiguée et muette. 
- Allons, milady. Faites-le pour moi ! continua l'homme. Vous êtes d'une beauté incendiaire. Vous pourriez devenir ma femme. Que diriez-vous de ça ? Un destin de lady, n'est-ce pas quelque chose que vous rêveriez d'accomplir ? 

Jeanne releva doucement la tête.

- Qui êtes vous ? interrogea la jeune femme. 
- Je suis cet homme qui viendra, tôt ou tard, vous sauver de la misère, répondit-il en se rhabillant. Vous êtes d'une beauté trop rare pour rester enfermée dans cette chambre.
- Je ne suis pas enfermée ! s'exclama Jeanne. Je suis heureuse ici ! Ulüngen est ma seule famille ! 
- Pour l'instant, répondit l'homme prêt à partir. Ma douce Jeanne, lorsque je reviendrai, je veux que vous répondiez positivement à ma demande. Devenez ma femme, devenez une lady, et quittez ce monde absurde ! 

Puis il ferma la porte, laissant une Jeanne seule et abasourdie. 
 

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